‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 18 sur 322 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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plus en plus forte. Enfin le jeune garçon résolut d'obéir à la voix de Dieu ; mais ne sachant pas encore où le Seigneur le voulait définitivement conduire, il songea au comte-évêque, son grand-oncle & son parrain. Pour se rendre auprès de lui en abandonnant la carrière des armes, il fallait Tautorisation d'un père qui était loin de se résigner au sacrifice de ses espérances. Les instances de l'enfant, secondées sans aucun doute par l'influence de la comtesse Erembor, arrachèrent enfin le consentement Su comte Dalmace; & désireux de ne pas s'exposer à un revirement dans l'esprit de son père, Hugues monta promptement à cheval, & partit pour Chalon-sur-Saône (i).

.Lorsqu'il connut les désirs de son petit-neveu, le comteévêque le mit en position de suivre les leçons de l'école monastique établie au prieuré de Saint-Marcel de Châlon. Les écoles de ce genre, comme celles des évêchés, étaient alors fort communes. Beaucoup d'entre elles ont jeté un grand éclat dans ce siècle. Leur enseignement se basait encore sur l'antique division du Trivium & du Quadfivium, c'est à dire d'une part la littérature, grammaire & rhétorique, avec la dialeftique; d'autre part les sciences, arithmétique, musique, géométrie & astronomie; au dessus desquelles régnaient l'Écriture Sainte & la Théologie. Mais le mouvement général des études introduisait déjà nombre d'autres branches dans l'enseignement des écoles, & poussait vigoureusement vers la grande classification du XII* siècle, qui devait produire les Universités. Dans bien des écoles épiscopales & monastiques, durant la première moitié du XI* siècle qui nous occupe, les étudiants pouvaient déjà suivre des cours nouveaux que ne renfermait ni le Trivium ni le Quadrivium. C'est ainsi qu'à l'école épiscopale d'Angers, par exemple, comme à celle de Toul, on enseignait la jurisprudence avec un grand éclat. A l'ab-

(i) L'évéquc d'Auxcrrc comte de Châlon mourut le 4 novembre 1039. Hugues arriva donc près de lui avant cette date, & même assez longtemps avant, selon l'opinion de Lehman. ( Forscbungen, p. 74.) — Cf. Dom Bouquet, t. XI, pp. 113 & 293.

baye de Saint-Hubert des Ardennes, on enseignait les beauxarts au sens moderne de ce nom. A Tabbaye de Saint- Vannes de Verdun, l'abbé Richard retint longtemps saint Siméon, moine du mont Sinaï, pour fonder dans ce monastère lorrain une école de langues orientales. Le bienheureux Guillaume, abbé de Saint-Bénigne de Dijon, qui lutta d'influence avec Cluny surtout par l'enseignement de ses monastères, avait formé une florissante école, où les jeunes gens étudiaient la médecine, la musique & Tarchitefture plus spécialement que nulle part à cette époque. Liège avait deux écoles à côté de Técole épiscopale, & méritait ainsi le nom de nourrice des beaux-arts. A Chartres enseignait le grand Ives, qui fut plus tard évêque de cette ville, & forma tant d'hommes éminents. A Laon, le célèbre Anselme illustrait l'école épiscopale ; à Reims c'était saint Bruno qui remplaçait Gerbert; à l'abbaye du Bec, dont l'influence fut immense au point de vue de§ études, c'était Lanfranc, qui allait bientôt avoir saint Anselme pour successeur dans son enseignement, puis dans sa charge redoutable de primat d'Angleterre. C'étaient enfin les écoles célèbres de Fleury-sur- Loire, illustrées par saint Abbon au X* siècle; en un mot, tous les grands sièges épiscopaux, tous les grands monastères. Les évêchés & monastères de moindre importance avaient aussi leur école, témoin celle de Saint-Marcel où arrivait Hugues de Semur.

Quant à la jeunesse des écoles à cette époque, bien que la majorité de ces étudiants dussent être clercs, s'ils ne l'étaient déjà, il faut bien avouer que les vices ne faisaient pas parmi eux moins de ravages au XI* siècle qu'en aucun autre. Mais comment s'étonner de la conduite de ces jeunes gens? Ne savaient-ils pas qu'un peu d'or, ou même un titre de naissance illégitime, suffirait à leur assurer en maint pays l'entrée du Sanftuaire profané? Ne savaient-ils pas que tel évêque, obligé par sa charge à surveiller les étudiants de sa ville épiscopale, n'était pas arrivé par une meilleure voie au siège qu'il occupait? Qye craindre de lui? Et pourquoi se donner plus de peine qu'il s'en était donné lui-même?

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