CHAPITRE XX
mands de la Grande-Bretagne. La foi fût morte cinq cents ans plus tôt en ce pays sans les résistances de saint Anselme, de saint Thomas & de saint Edmond de Cantorbéry. Ainsi, le Conquérant défendit de recevoir toute bulle pontificale que le roi n'aurait pas au préalable examinée & vérifiée ; aucun concile de TÉglise d'Angleterre ne devait se tenir sans avoir été convoqué par le roi; aucun des officiers royaux ne pouvait être frappé de l'excommunication sans l'assentiment du prince. Si Guillaume n'eût pas été doué de qualités vraiment royales, animé d'un sincère esprit de foi & d'une horreur particulière pour la simonie, la situation de l'Angleterre serait promptement devenue celle de l'Allemagne sous la tyrannie de Henri IV. Les entraves ainsi imposées à l'Eglise étaient le fruit de préoccupations politiques; il s'agissait de surveiller & de tenir en main les prélats en qui le Conquérant voyait les fauteurs réels ou possibles des insurreftions contre la domination normande. Mais combien ces mesures étaient peu propres à relever les ruines de l'Église !
En dehors de l'Angleterre, on ne se trompait pas entièrement sur le despotisme que le Conquérant faisait peser sur le peuple vaincu. Guillaume cherchait à s'attacher les hommes qu'il Jugeait propres à jeter de l'éclat sur les dignités de son nouveau royaume ; c'était, à coup sûr, d'un bon politique. Mais parfois il se heurtait à des résistances qui ne tournaient pas à son honneur. 11 y avait, par exemple, au monastère de la Croix-Saint-Leufroy , situé dans ses états héréditaires de Normandie, un moine distingué, nommé Guitmond; l'oeil pénétrant de Guillaume l'avait discerné, & il voulut l'attirer en Angleterre en lui offrant un évêché. Ce choix faisait honneur à sa perspicacité, puisqu'en effet Guitmond devint plus 'tard évêque d'Aversa, au duché des princes normands de l'Italie méridionale ; il jouissait en outre d'un grand crédit auprès de saint Grégoire VII. La réponse qu'il fit à la proposition de Guillaume n'en est que plus écrasante : « Je n'ai pas quitté volontairement les richesses « de la terre, fit-il dire au Conquérant, pour aller les ramas-
« ser dans les dépouilles des vaincus. Un moine ne peut « jamais accepter une part dans le butin de la guerre ; or « l'Angleterre n'est aujourd'hui qu'une vaste proie ; je crain- « drais d'y toucher comme à un brasier ardent. » Le mot était courageux autant que sévère, car Guitmond se trouvait en somme à la merci de Guillaume, étant dans son duché. Peut-être en effet le Conquérant accueillit-il avec colère cette remontrance ; mais sur son lit de mort il en fit son profit, & s'accusa, tout haut & en détail, de ce que le moine lui avait seulement reproché d'une manière générale. Du reste, il n'était pas au bout de ses échecs.
Cuillauine le Conquérant ivoie une lettre à saint Hugues.
Une dizaine d'années après la viÊloire d'Hastings ( i ), il tourna ses regards vers Cluny ; mais ce fut d'abord dans une pensée de foi uniquement ; le Conquérant sollicitait du saint abbé Hugues une union de prières avec son monastère. C'était là une faveur que l'on demandait assez fréquem-
(i) Pignot pense que le fait dont nous allons parler doit se rapporter à 1072 ou 1073, en se basant sur ce que l'abbé de Cluny envoya vers Guillaume le moine Warmond, abbé de Déols en 1074, & archevêque de Vienne en 1077. (Hist. de l'O. de Cluny, 11, p. 299.) Mais les termes employés par Rainald de Vézelay sembleraient donner à croire que Warmond était déjà