CHAPITRE XX
ment; nous en avons vu déjà plusieurs exemples; & non seulement des monastères, mais des particuliers, riches ou pauvres , devenaient ainsi participants des prières , aumônes & autres bonnes œuvres accomplies tant à Ciuny que dans toutes les maisons qui en dépendaient. Après la mort, les âmes des associés étaient assistées comme celles des moines eux-mêmes, à la réserve des messes privées que tous les prêtres clunisiens devaient offrir pour Fâme d'un frère défunt (i). C'était donc une véritable « fraternité », comme disaient les Clunisiens, féconde en avantages pour ceux qui l'obtenaient. Et certainement, pour le remarquer en passant, cette diffusion de mérites surnaturels dont les nombreux monastères clunisiens étaient les foyers, ne constitue pas un des moindres titres de cet ordre à la reconnaissance de rÉglise, à cause du grand bien produit ainsi dans une multitude d'âmes. L'aftion de la grâce d'en haut en était facilitée d'autant dans le monde, & celui-ci ne s'en trouvait que mieux, même au point de vue de ses destinées temporelles. Hugues accueillit donc la requête du roi d'Angleterre, & députa vers lui un de ses moines, alors abbé de Déols en Berry; c'était ce même Warmond, depuis archevêque de Vienne, sur lequel Mâcon voulut un jour prendre une revanche de certaine aventure fâcheuse que le lefteur se rappelle certainement. Warmond arriva donc près du Conquérant, &, admis à son audience en présence des seigneurs normands, il déclara le message dont il était chargé. En grand seigneur féodal, Guillaume vit là une véritable cérémonie d'investiture, & se découvrant il s'inclina respectueusement devant le Représentant de l'abbé de Cluny. Les courabbé de Déols lors de cette légation. Voici ces paroles : « . . . per legatum « ejus, Dominum scilicet Warmundum, qui postmodum ex ahbatiœ Dolensts ^ gradu ad Viennensem archiepiscopatum conscendit. . . » En réalité, il serait plus facile de croire que l'abbé de Cluny députa pour cette Ugation un abbé qu'un simple moine; & le titre de Domntus , avec la mention 4< postmodum ex gradu abbatiae ad archiepiscopatum » nous porte à croire que cette mission dut avoir lieu de 1074 à 1077. (i) Bernard, Ordo Cluniac. cap. xxvi.
tisans affeftaient de s'étonner, en voyant ainsi se courber sous la bénédidion d'un moine ce front sur lequel on n'avait coutume de lire que les pensées d'un maître. Pourtant Guillaume avait mieux compris que ces intelligences vulgaires le vrai sens du message abbatial. Son grand esprit & sa foi l'avaient bien inspiré ; c'était une réelle investiture que l'abbé de Cluny donnait ainsi, investiture d'une part dans le royaume de Dieu , que les affiliés recevaient par la tradition du livre , quand cela se faisait au monastère dans les conditions ordinaires (i). Et ce nouveau frère de Cluny avait pressenti en même temps quelle marque de respeft les coutumes clunisiennes prescrivaient aux moines, lorsqu'un ordre ou un message quelconque du seigneur abbé leur était transmis (2). Ce fut donc sans exagération aucune qu'il put dire à son entourage : « Pourquoi s'étonner de me voir humble- « ment incliné en semblable occasion? Un tel bienfait, une « si importante investiture, voulaient qu'il en fût ainsi. <ç Ai-je reçu jamais pareil présent? Croyez que le jour où la « couronne s'est posée sur ma tête m'a réellement moins « enrichi. Ne voyez-vous pas qu'un jour mon règne & ma « puissance auront une fin , comme ils ont eu un com- « mencement? 11 faudra quitter tout cela; tandis qu'il n'y « aura pas de fin pour la gloire céleste dont je viens de re- « cevoir en quelque sorte les arrhes, en me comptant dé- « sormais comme un membre de la sainte communauté de « Cluny. » Le roi d'Angleterre voulut donner une marque sensible de sa reconnaissance; Warmond rapporta de sa part à l'abbé de Cluny une chape magnifique , dont le tissu d'or était relevé de perles, d'ambre, & de pierreries; la bordure était formée par de petites clochettes d'or, montées avec art sur un tissu brodé , & dont le son & la disposition rappelaient le vêtement symbolique du grand-prêtre de l'ancienne alliance. La reine Mathilde avait voulu joindre à la chape une chasuble si richement brodée , qu'on ne pouvait
(i) Ordo Cluniac, loc. cit.
(2) Ihid. cap. I.