CHAPITRE XX
de Cluny ne put pas voir le dernier fleuron que Lewes vint ajouter à sa couronne; il était mort depuis quatorze ans, lorsque le roi Henri !«'• d'Angleterre, ayant relevé les ruines de l'antique monastère de Reading, vint chercher à Cluny des moines pour le faire revivre, & demanda les deux prieurs Hugues & Ansger de Lewes pour en être les deux premiers abbés. Reading devait marcher de pair avec les plus illustres abbayes d'Angleterre. Saint Thomas de Cantorbéry en consacrera la basilique en 1 163, & à la fin du même siècle, elle cédera à Cluny son abbé qui sera Hugues V , resté célèbre dans les fastes clunisiens(i). Du reste ce n'est pas le seul exemple de pareils faits, glorieux à la grande abbaye française; en 1177, Guillaume, prieur de Saint-Martin-des- Champs, fut de même élu abbé de Ramsey(2).
Lanzon, le célèbre prieur de Lewes, fut encore plus tard l'instrument dont se servit Hugues de Cluny, lorsque, au début du règne de Henri I" d'Angleterre, c'est à dire en 1 104, une nouvelle colonie de moines lui fut demandée. Le fondateur était cette fois Roger Bigot, lequel, d'après l'histoire du prieuré de Thetford, aurait exercé la charge de grand justicier d'Angleterre sous le Conquérant & ses deux fils Guillaume & Henri (3). Son désir était d'établir un monastère là où s'était autrefois élevé le siège des évêques d'Est-Anglie ; l'ancienne cathédrale de Sainte-Marie de Thetford subsistait encore, bien qu'abandonnée. Sur le conseil de sainf Anselme & d'un moine appelé Guillaume de Walsam, Roger présenta sa requête au seigneur abbé de Cluny. Toujours aussi défiant des hasards d'une fondation éloignée, Hugues répondit qu'il acceptait avec reconnaissance l'offre qui lui était faite , mais ne voulait pas envoyer là de pauvres moines bourguignons, ignorants de la langue & des coutumes anglaises ; aussi confiait-il au prieur de Lewes le soin de pourvoir à cette fondation avec des moines capables de la mener à bien. Pourtant,
(1) Reyner, Apostohtus Benediâinorum in Anglia, 1626, p. 152-153.
(2) Ihid.
(3) Menait. Anglican, t. V, p. 151.
Tabbé de Cluny restreignait ici à la personne même de Lanzon le pouvoir que jadis Guillaume de Warrenne-Surrey avait voulu voir remettre à son prieur de Lewes relativement à toutes ses fondations. Lanzon devait agir comme supérieur de Thetford sa vie durant. Après sa mort, ce ne serait plus à Saint-Pancrace de Lewes que Thetford demanderait un prieur, mais à Cluny même, dont il serait désormais une dépendance direfte. Telle fut aussi la condition des prieurés de Lenton & de Montaigu, fondés presque à la même époque par la grande abbaye (i).
Nous avons interverti Tordre chronologique pour grouper ces quatre prieurés relevant direftement de Cluny. Nous avons ainsi atteint le règne de Henri I". Mais pendant la dernière partie du règne de Guillaume le Conquérant & durant celui de Guillaume le Roux son fils, d'autres monastères clunisiens s'élevèrent en Angleterre; ils furent fondés par cette première fille de saint Hugues, La Charité-sur-Loire, qui compta parmi ses dépendances anglaises Wenlock, Shrewsbury, Saint-André de Northampton, Pontefraâ, Preston, & Bermondsay qui plus tard devint une abbaye. Quant à Cluny lui-même, il ne donna point à Guillaume ses moines pour en faire des évêques ; mais les relations entre la famille royale d'Angleterre & la grande abbaye n'en souffrirent pas. L'église abbatiale en eut pour témoignage un superbe candélabre de cuivre doré, haut d'environ dix-huit pieds, orné de cristaux & de pierres fines, que la reine Mathilde, épouse du Conquérant, fit faire pour Cluny. C'était un usage litur-
(i) Ce fut une fille de Castleacre, petite-fille de Lewes, le prieuré de Bromholm (comté de Norlfolk), qui hérita en 1224 d'une insigne relique dérobée à la chapelb de l'empereur latin de Constaritinople par un chapelain, anglais de naissance. C'était une croix de la longueur de la main, faite avec le bois de la vraie Croix. Les moines de Bromholm , ignorant sans doute par quelle voie le chapelain s'était procuré ce trésor , le reçurent avec joie ; un pèlerinage très populaire s'établit pour vénérer cette magnifique relique , & des miracles très nombreux furent obtenus par elle. (Monast. Anglican, V, p. 60-61. — Cf. Exuviœ sacrx Constantinopolitana , comte Riant, 1877, 1. 1, p. ecxvii.)