CHAPITRE XX
gique, au rapport de VOrdo Cluniacensis ^ que des cierges fussent allumés devant l'autel majeur durant l'office de nuit, & en nombre plus ou moins grand selon le degré des solennités. Cet usage ne devait d'ailleurs p?s être absolument particulier à Cluny ; car on trouve ailleurs pareil exemple d'un candélabre monumental ayant visiblement la même destination. Celui dont la reine Mathilde avait fait présent à l'abbé Hugues « était fait sur le modèle de celui que le Sei- <\ gneur avait commandé à Moïse & qui est décrit dans le livre « de l'Exode. Sa tige en effet portait six branches, trois d'un « côté & trois de l'autre , ornées de boules & terminées par <\ des lys & des coupes ; la tige se terminait de même & «formait la septième branche (i). » Celle-ci dépassait les autres en hauteur; & chacune des sept branches portait trois lumières. Sur le pied du candélabre était l'inscription suivante, en vers dont les assonances diraient seules l'époque. Ils font allusion au chandelier d'or du Temple de Jérusalem :
Ad fidei normam voluit Deus banc dure formant, Quœ quasi prœscriptum doceat cognoscere Cbristum : De quo septenœ sacro spir aminé plenœ yirtutes manant, ô- in omnibus omnia sanant{2). C'était donc là un présent vraiment royal, qui attestait toute la sympathie avec laquelle les souverains d'Angleterre voyaient en leurs états la propagation des Clunisiens , partageant sur ce j)oint les sentiments des plus grands princes de l'Europe.
Toutes les fondations que nous venons d'indiquer en Angleterre avaient appelé la sollicitude instante de l'abbé de Cluny, qui en suivait en détail le développement, ainsi que nous aurons occasion de le faire voir. Or, il faut se rappeler que presque tout cela se passait durant le pontificat de saint
(i) Cucherat, Cluny au Xh siècle, p. 136. — Cf. BihL Cluniac, col. 1640. — Bibl. Nat., ms. n^ 942, fonds latin, fol. 84.
(2) M. Cucherat établit (Joe, cit.) que c'est bien à la reine Mathilde, femme du Conquérant, & non à sa bru, que Cluny a dû ce superbe ouvrage.
Grégoire VII, si rempli pour Hugues de Cluny. On a peine à se figurer quelle aftivité devait être celle de ce grand abbé, auquel la sainteté seule pouvait* fournir le moyen de pourvoir à tant de choses, sans négliger son propre monastère. Voici en effet qu'après l'Angleterre il nous faut tourner les yeux vers l'Allemagne . A l'époque où régnait à Rome le bienheureux Viftor III, ce pays appelait l'abbé de Cluny, & nous allons l'y suivre.
Le lefteur se souvient que Bernard , abbé de Saint-Viftor de Marseille, & légat de saint Grégoire VII pour le royaume germanique, avait été jeté en prison par un baron aux ordres du roi Henri IV, & qu'il avait dû sa mise en liberté à l'intervention de notre saint. Sorti de prison, il séjourna quelque temps à l'abbaye d'Hirschau. Ecoutons maintenant Guillaume , abbé de ce monastère ; il va nous dire quel résultat ce séjour eut pour lui & pour son troupeau (i). « Après avoir été, dit-il, mis à la tête de cette abbaye par la volonté de Dieu & l'éleftion des frères, j'employai tous mes soins à y faire régner les coutumes régulières que depuis mon enfance j'avais appris à connaître au monastère de Saint-Emmeran (de Ratisbonne). 11 y avait pourtant parmi ces coutumes quelques usages qui ne me paraissaient guère en harmonie avec la régularité monastique ni avec le bon renomque s'était acquis Saint-Emmeran. Aussi, étais-je à part moi résolu à profiter de tout ce qui me paraîtrait propre à parfaire la formation de mes frères, où qu'il fallût le chercher, dans les Saints Livres ou bien dans les exemples d'autres cénobites. Je recommandais donc assidûment ce dessein dans mes prières à Celui qui comble les désirs de ses fidèles, lorsque ce Dieu, qui sait tout disposer avec une admirable miséricorde, amena vers nous un homme vénérable, digne de vivre dans la mémoire de tous les gens de bien , c'est à dire Bernard , abbé de Marseille , légat du Siège apostolique. Entravé dans le voyage qu'il devait accomplir, il resta parmi nous près d'un an. Il eut donc le loisir de voir en détail
(i) MabîHon, AmliB. vet. t. IV, p. 465.