‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 188 sur 322 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Tobservance & l'état de notre monastère. Un jour, comme nous causions ensemble des choses de la vie spirituelle, il me dit : « Très aimé frère, je vois bien que ce lieu-ci est fort « propre à l'observance monastique, & que tous y paraissent <s animés d'un zèle ardent pour vivre dans la justice & la sain- « teté. Mais, dis-moi, quels maîtres suivez-vous dans vos cou- « tûmes ? Quel monastère vous les a principalement four- « nies ? » Le saint abbé Guillaume, avec sa droiture accoutumée, répondit qu'on s'efforçait à Hirschau d'imiter autant que possible tous les saints exemples qu'on pouvait connaître, d'où qu'ils vinssent. « Mais, ajouta-t-il avec un empres- « sèment plein de simplicité, si nous errons en quelque point, « daignez nous ramener au droit chemin , & sans hésiter « nous irons là où votre conseil nous inspirera d'aller. » Bernard, avec une intention que Dieu bénissait, mais dont l'expression n'était pas exempte d'une certaine enflure méridionale, répondit à Guillaume en ces termes : « Pour autant « qu'en peut juger mon petit esprit, votre vie est agréable « à Dieu & peut faire l'admiration de tout homme sage. « Mais serait-elle plus belle encore, serait-elle illustrée par « des miracles comme ceux des Apôtres, pour ainsi dire, « elle ne saurait plaire tout à fait à qui cherche sincèrement « la perfection monastique, si elle ne se modèle sur celle « d'autres monastères réguliers, pour l'habit,, la tonsure, & « les autres coutumes. » A coup sûr, saint Benoît, qui n'avait rien déterminé pour la tonsure, & mettait expressément dans le domaine des questions libres la couleur & l'étoffe de l'habit, préférait des disciples thaumaturges à des apôtres d'uniformité. Mais Bernard poursuit : « Si vous voulez sa- « voir mon avis , entre tous les monastères de ce côté des « Alpes, je vous conseille de choisir de préférence l'abbaye « de Cluny. Là, en effet, l'autorité de très saints moines & « l'expérience d'une longue série d'années ont porté la reli- « gion monastique à un si haut degré de perfection , que si « on trouve dans d'autres monastères quelques traces de « sainteté, il n'y a pas à douter que ce ne soit l'effet des « eaux fécondes qui coulent de cette source toujours vive & « toujours inépuisable. »

Le saint abbé Guillaume d'Hirschau était vraiment de ceux dont il est écrit \ Justifia simplicis dirige t viam ejus(i). Sa voie lui était tracée , il voulut la suivre ; & en vérité, la Providence lui en facilita les moyens. Non seulement Bernard de Saint-Viftor prit sa route par Cluny, & recommanda au saint abbé Hugues les bonnes dispositions de la famille d'Hirschau ; mais presque en même temps , Guillaume vit arriver un ancien ami, qui n'était autre que saint Udalric, né comme lui à Ratisbonne , puis devenu à Cluny le moine vénéré que nous savons, & actuellement envoyé en Allemagne pour y fonder le monastère qui s'appela depuis La Celle-Saint-Udalric. « C'était Dieu qui l'envoyait, dit Guil- « laume ; il resta quelque temps parmi nous ; & parce que « d'une part nous le connaissions parfaitement, & que « d'autre part il était depuis longues années rompu à tous « les détails des observances clunisiennes, nous lui deman- « dames de mettre pour nous par écrit les coutumes de son « monastère. Il y consentit, nous le promit, & composa en « effet pour nous deux livres de ces coutumes. Mais peu à « peu , en étudiant de près cet ouvrage , nous nous aper- « çûmes.que bien des choses y manquaient, en sorte que « nous ne pouvions nous mettre en pleine possession de « ces us divers. » 11 fut donc décidé que l'on suivrait un conseil donné, paraît-il, par Bernard de Saint-Viftor, & qu on enverrait deux frères d'Hirschau à Cluny pour s'instruire complètement de l'observance. Le cas était prévu dans les coutumes clunisiennes, & le.s deux envoyés reçurent société. Après qu'ils eurent suivi pendant un temps suffisamment long tous les exercices conventuels & vécu de la vie clunisienne, ils reprirent la route d'Allemagne; mais deux autres moines d'Hirschau vinrent les remplacer, puis encore deux autres ; &, dit naïvement Guillaume, ces divers envoyés « examinèrent si bien toutes choses, pénétrèrent « tellement à fond tous les secrets de l'observance , que les « moines chargés de les en instruire, les entendant lire les

(i) Prov. XI, 5.

Page 1