‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 196 sur 322 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

les airs. Mais d'elle aussi Ton pouvait dire : Omnis gloria ejus ab intus. Quand on avait dépassé le portail, haut de vingt pieds, large de neuf, dont les vanteaux étaient couverts de peintures, & le tympan orné de sculptures, on voyait dans une lumière tempérée s'étendre devant soi jusqu'au chœur la grande nef avec son collatéral de chaque côté, sur une longueur de deux cents pieds, & une largeur de cent quatorze. La voûte de la nef centrale, en plein cintre & en berceau, montait à quatre-vingt-quatre pieds. De chaque côté des collatéraux, une nef plus basse, large de quatorze pieds. Mais si les grandes voûtes étaient en plein cintre , l'arc ogive apparaissait déjà dans les nefs collatérales. Au-dessus des arceaux qui mettaient celles-ci en communication avec la grande nef, s'étendait, tout le long du vaisseau, une série d'arcatures aveugles, séparées de distance en distance par des pilastres cannelés, qui s'appuyaient sur une corniche en ressaut. Enfin au-dessus de ces arcatures , les fenêtres étroites , en plein cintre, ornées de colonnettes. Mais lorsqu'on était arrivé au bas du chœur, l'on n'avait encore vu que la moitié de l'église. Là se trouvait d'abord un avant-chœur, occupant toute la largeur de la grande nef, sur une longueur de vingt pieds ; puis à la suite le chœur des moines clercs , & l'œil le suivait jusqu'à l'autel majeur sur une longueur de cent neuf pieds. Enfin, de l'autel, qu'ombrageait un ciborium, jusqu'au fond de la dernière chapelle absidale , en passant par l'autel matutinal, il y avait encore près de quatre-vingts pieds, soit en tout depuis le portail quatre-cent-dix pieds ou cent trente-six mètres environ. C'était la plus grande église de la chrétienté, surpassée depuis seulement par Saint-Pierre de Rome, qui compte cent soixante-&-onze mètres , & Saint-Paul de Londres, qui en compte cent soixante-six. Mais cette seconde partie de l'église sollicite encore notre attention. Tandis qu'une lumière douce & tempérée se répand dans l'édifice par les fenêtres de la grande nef & les baies des deux collatéraux, une lumière plus vive éclaire le sanftuaire & le chœur (i). Elle provient de deux coupoles, qui supportent

(i) Mabillon, toc, cit.

à Textérieur deux clochers; celui du chœur, le principal de tous, carré, s'élevant à la croisée de la grande nef & du premier transept, orné de deux étages de baies romanes, & supportant une haute flèche; Tautre plus simple & moins élevé, de forme oftogone, appelé le clocher des lampes, qui lance sa flèche à Tinterseftion de la nef & du second transept. 11 supporte les lampes qui brûlent devant Tautel majeur. Les termes dont Mabillon se sert pour parler de ces deux clochers (i) nous persuadent que les baies ouvertes dans Tun & l'autre devaient laisser pénétrer la lumière dans l'église. A cet effet, les deux coupoles devaient être notablement plus élevées que deux autres situées à mi-longueur de chaque bras du grand transept. Celles-ci ne dépassaient que de deux mètres les voûtes de cette croisée ; elles supportaient aussi deux tours, accompagnant le grand clocher du chœur, ornées comme lui de baies romanes & d'une flèche, mais oftogones comme le clocher des lampes. Celui que l'on appelait clocher de l'eau bénite, le seul, hélas! qui soit resté debout, donne aujourd'hui le plan des autres.

L'abside était moins élevée que la nef. Les deux collatéraux faisaient le tour du chœur & du sanftuaire, tandis que les deux plus basses nefs s'arrêtaient au second transept, où elles se terminaient par une chapelle en cul-de-four située dans leur alignement. Des chapelles semblables rayonnaient autour de l'abside. Ici l'art avait déployé toutes ses ressources. Le sanftuaire était mis en communication avec la nef absidale par des arceaux ogives, que supportaient huit colonnes en marbres précieux d'Italie & de Grèce. L'abbé de Cluny les fit venir par le Rhône & la Saône , ainsi que son père saint Odilon avait fait pour les colonnes du cloître. Celles de l'église étaient si puissantes que, au dire de Mabillon, il eût fallu deux hommes pour en embrasser la circonférence. Mais elles étaient si élevées que la proportion entre le diamètre & la hauteur en faisait des colonnes élancées du plus bel effet.

(i)Ibtd, : «( .. (basilica) duas collatérales porticus habens, . .totidemque rotunda arcuata struâurae fastigia, quce in lucernœ morem eccîesiam ilhutrant. »

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