‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 20 sur 322 · CHAPITRE 1 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1 I

« quelles vicissitudes est plein le bonheur terrestre, qui passe « comme tout passe en ce monde. Recherchez, recherchez « bien plutôt ce qui peut orner votre âme, & lui donner un « éclat éternel. Plus que tout, c'est la Sagesse qui lui donnera « cette splendeur & cette dignité. Travaillez donc à Tacqué- « rir; vous qui étudiez vous êtes sur la voie, car lorsqu'elle « dit par la bouche de Salomon : La Sagesse s'est élevé un « temple porté sur sept colonnes (Prov. ix, i), cette même « Sagesse a sans doute entendu premièrement l'humanité « qu'elle revêtit au sein de la Vierge, & qu'elle établit sur « les sept dons de l'Esprit Saint, secondement la sainte « Église illuminée de ces mêmes dbns; mais cela veut dire « aussi que les sept colonnes sont les sept branches des «études libérales (i), études sans lesquelles nul ne peut « songer à atteindre la Sagesse (2). » Faites avec ce sentiment de foi, elles ne pouvaient en effet qu'ouvrir l'âme à l'aâion du Saint Esprit; & c'est ce qui arriva pour Hugues de Semur, nous dit son biographe. Un horizon nouveau se découvrit à son âme, & son cœur tressaillit à la voix du Seigneur qui l'invitait. Cet horizon qui s'ouvrait devant lui, c'était celui des conseils évangéliques. Comme le jeune homme de l'Évangile, Hugues avait touché le cœur de Notre-Seigneur. Le Sauveur l'aimait, & il venait de lui dire : « Si tu veux être parfait, renonce à tout, prends ta croix, & « me suis (3). » Mais plus heureux que le pauvre enfant du récit évangélique, Hugues répondit à la prédileftion divine par le généreux sacrifice de tout ce que sa naissance aurait pu lui promettre de dignités dans l'Église, & il résolut d'entrer dans le cloître. Il était d'ailleurs à l'âge auquel il aurait dû « quitter les occupations de l'enfance pour entrer « dans la vie (4), » s'il fût resté au château paternel. 11 voyait approcher ses quinze ans; c'était l'âge auquel il aurait dû se préparer à être bientôt armé chevalier.

(1) Les trois branches du Trivium & les quatre du Quadrivium.

(2) Alcuin, Grofmnatica.

(3)Matth. XIX, 21.

(4) Prov. IX, 9.

l6 CHAPITRE I

Cette fois, craignant la colère de son père & ne voulant pourtant pas résister à Tappel de Dieu, Hugues résolut d'accomplir son projet sans en avertir le comte Dalmace. Mais dans quel monastère se rendrait-il? II est probable que sur ce point les avis du comte-évêque, les traditions de famille & son séjour à Tombre de Saint-Marcel ne furent pas sans influencer le choix du jeune homme (i). Jadis son aïeule Adélaïde, comtesse de Châlon, avait donné à Tabbayede Cluny le monastère de Saint-Marcel (2). Son grand-père Geoflroy de Semur avait plus tard donné à la même abbaye, si voisine de lui, la moitié du village de Gevrey, dans le comté de Dijon, du consentement de ses six fils, dont Dalmace était l'aîné. Quelques années après, soit cinq ans avant la naissance de notre Hugues de Semur, le comte-évêque avait confirmé la donation faite naguère par son beau-frère Geoffroy, en y ajoutant de son propre chef l'autre moitié du même village. Déjà il avait remis à Cluny le monastère de Paray-le-Monial, fondé autrefois par son père le comte Lambert de Châlon; enfin en Tannée 1038 où nous arrivons, nous le voyons donner, toujours aux moines clunisiens, le village & la forêt de Saint-Cyr sur Grosne(3). Ainsi bien des liens existaient entre Tabbaye de Cluny & la famille de Semur; ce fut encore à Cluny que voulut se rendre Théritier de cette famille. Un an après, le comte-évêque mourait à Tabbaye de Saint-Germain d'Auxerre, où il avait voulu recevoir rhabit monastique, laissant après lui de grands souvenirs & la mémoire des bienfaits qu'il s'était plu à répandre sur les enfants de saint Benoît (4).

(1) Lehman, Forscbungen, pp. 73, 74.

(2) Gallia Christ, xii, col. 284.

(3) Mémoires concernant l'histoire d'Auxerre, par l'abbé Lebœuf, édit. de 1848, t. I, p. 259.

(4) Gallia Christ, xii, col. 285.

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