‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 203 sur 322 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

que l'Ecriture célèbre dans le Seigneur , & qui marche toujours de pair avec la justice & la vérité.

En une autre circonstance, Hugues fut averti comme il l'avait été cette fois, & procéda de même. 11 s'agissait de son cher monastère de Saint-Marcel de Châlpn. Une apparition l'avertit durant son sommeil qu'il venait de s'y commettre une infraction grave à la règle , tenue toutefois assez secrète pour que le mal pût exercer sourdement ses ravages sans qu'aucun remède y fût apporté. Hugues partit aussitôt; mais, arrivé à Châlon , il ne découvrit rien, & revint à Cluny, croyant sans doute s'être trompé. Cependant la même apparition se montra de nouveau aux yeux de son esprit durant soq sommeil, & (ui réitéra le même avertissement. Cette fois, il n'y avait pas à hésiter ; Hugues s'en fut de nouveau à Châlon, & l'esprit de Dieu lui révéla enfin, le mal, devenu déjà presque incurable (i). Les exhortations & les moyens de douceur n'y pouvaient plus rien; il fallut y porter le fer rouge, qui brûla & cautérisa jusqu'à la racine. Du reste, l'abbé de Cluny n'avait pas à faire souvent de pareils exemples ; quand un châtiment ainsi réclamé par Dieu même ayait une fois affirmé les droits de la justice, il n'y avait plus de longtemps que le règne de la douceur. Au terme de sa longue existence, Hugues aurait pu facilement compter les mesures de rigueur auxquelles il avait été contraint de recourir ; & il reste que le trait saillant de son gouvernement fut une miséricordieuse charité. Un fait que Hildebert a retranché de sa vie, nous ne savons pourquoi, nous a été conservé par Gilon(2). Un moine appelé Robert, instruit & distingué, fut frappé de la lèpre. C'était assez rare dans les monastères, & même à Cluny le cas n'était pas prévu. On ne pouvait pourtant laisser le malheureux en communication avec les autres frères, pas même à l'infirmerie. Fallait-il le reléguer en une léproserie , ou le séquestrer dans un coin de l'abbaye, loin de tous? Conseillé par son. cœur, Hugues fit mieux.

(i) Gilon, fol. 208 r°.

(a) Fol. 2i6,.r.

A l'extrémité de l'infirmerie, on disposa par ses ordres un petit logis, où Robert habita, séparé sans doute de ses frères, il le fallait bien, mais à portée de pouvoir participer encore à la vie commune. De son réduit, Robert pouvait au moins entendre le chant des offices, suivre probablement la messe qui se disait en l'église de Notre-Dame de l'Infirmerie, en tout cas recevoir la visite de son abbé. Et les termes qu'emploie le biographe nous font assez comprendre que, pour ce

frère exceptionnellement malheureux, Hugues déploya toute la charité que saint Benoît réclame pour ses fils malades. Il le soutint de la sorte pendant toute la durée de cette pénible épreuve, que le pauvre lépreux accepta & porta vaillamment, jusqu'au jour où il s'endormit en paix dans le Seigneur.

Les fils du saint abbé trouvaient encore un autre sujet de le chérir autant que de le vénérer dans les miracles qui se multipliaient par lui. Nous en avons raconté quelques-uns ; mais, durant sa longue vie, bien d'autres vinrent réjouir & fortifier ceux qui l'approchaient. Les moines avaient la plus grande foi en. ses mérites; Guy & d'autres encore nous en ont donné jadis la preuve. Cette confiance allait toujours

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