‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 207 sur 322 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

saint Junien, confesseur (i). Hugues s'y arrêta, &, toujours désireux d'apprendre, il se mit à lire avec soin la vie du saint auquel cette église était dédiée. Au cours de la lefture, il remarqua, entre autres choses, le nom d'un saint personnage que le manuscrit nommait Amand, sans autre indication. Quel était ce saint homme? Hugues s'en informa, & l'on répondit à ses questions que saint Amand avait été le maître de saint Junien dans les voies spirituelles, mais qu'on ne savait pas d'ailleurs où il était mort, ni où était son tombeau ; on croyait pouvoir dire que c'était au pays de France , mais sans aucune indication plus précise. L'abbé de Cluny parut se contenter de cette réponse. Le lendemain, le doyen du chapitre de Saint-Junien lui exposa son désir de bâtir un hospice, pour lequel tout était prêt, en lui demandant son avis sur le lieu qui serait le plus convenable pour jeter les fondements. Hugues alors désigna un certain endroit, en disant : « Creusez là, & vous n'aurez pas à vous en repen- « tir. » On fit comme il venait de dire, & les ouvriers commencèrent à ouvrir la tranchée ; mais assez promptement leur pioche vint heurter. une pierre; on déblaya, & l'on* découvrit un tombeau portant le nom de saint Amand, confesseur. La joie fut grande par toute la contrée ; car alors on comprenait le prix d'un corps saint; & l'on se hâta d'apprendre au duc d'Aquitaine comment l'abbé de Cluny avait re»trouvé la perle que l'on croyait perdue.

Les grâces de guérison se multipliaient par lui pour les étrangers aussi bien que pour ses moines, & par les mêmes moyens. C'était surtout la fièvre qui cédait devant le pouvoir surnaturel du saint. Ainsi, Hugues s'en allait un jour, vers 1078, au monastère de Saint-Arnoul de Crespy, que le comte Simon venait de donner à Cluny. Durant le voyage, il ren-

(i) C'est Gilon qui nous donne le nom de saint Junien (foJ. 206 r*). Hildebert J'a transformé, nous ne savons pourquoi, en celui de saint Vivien, qui a dérouté Papebrock, parce que dans l'histoire de saint Vivien de Saintes il n'y a nulle mention de saint Amand. Au contraire, le martyrologe des saints de France indique au vi*-* siècle les noms de saint Amand & de saint Junien, tous deux solitaires au diocèse de Limoges.

contra le duc de Vermandois, qui était alors Hugues de France, troisiènfie fils de Henri I*' & frère de Philippe I*' alors régnant. C'était à Nanteuil, au diocèse de Meaux, où Cluny possédait le prieuré de Sainte-Marie (i). Le duc avait dans sa suite un seigneur nommé Robert, qui faisait son service auprès de lui, malgré les frissons & les ardeurs de la fièvre dont il souffrait depuis quelque temps. Le voyant si malade, le saint abbé de Cluny eut pitié du fidèle chevalier, & lui promit sa guérison s'il voulait promettre de ne plus jamais piller personne, ainsi qu'il lui était arrivé en certaines occasions. Robert accueillit humblement cette remontrance, & promit d'être désormais chevalier sans reproche. « Hé bien, repartit « l'homme de Dieu, si tu tiens ta promesse, tu verras la « fièvre te quitter, au nom du Seigneur Jésus-Christ. Le « corps sera en même temps que l'âme délivré des ardeurs « malignes. » Marché conclu ; & l'abbé de Cluny le scelle en embrassant le chevalier. Pour Robert ce fut vraiment là le baiser de paix ; dès cet instant la fièvre le quitta, & il resta bien converti.

Le séjour de Hugues à Sainte-Marie de Nanteuil fut encore marqué par d'autres guérisons. Un certain Létald(2), dont la femme était malade , vint demander quelques miettes de la table du saint abbé pour opérer la guérison de sa compagne. Les moines lui en donnèrent, & il partit. En chemin il rencontra un ami, nommé Achard, qui lui aussi grelottait de fièvre. Il lui fit part du petit trésor qu'il emportait; & à peine Achard en eut-il mangé qu'il se trouva délivré. Le biographe ajoute que cela fit du bruit, & que d'autres personnes encore recoururent avec le même succès au même remède.

Un autre jour, c'était à Cluny même, à ce qu'il semble. Hugues vit arriver un prêtre nommé Pierre, que lui envoyait l'abbé de Saint-Austremoine d'lssoire(3). Ce prêtre était frère d'un seigneur de l'Auvergne; blessé dans un combat, le

(1) Gilon, fol. 210 r.

(2) Ihid,

(3) Fol. 212 V®. Cf. Rainald, Boîland, coL 652.

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