‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 219 sur 322 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

« dateur Guillaume le Pieux ne l'avait recommandé à aucun « avoué ni patron, à aucun roi ni prince, mais à Dieu & au « bienheureux Pierre, ainsi qu'à tous les Pontifes romains « Vicaires du Christ, au nombre desquels la volonté divine « m'a placé quoique indigne. Je fus autrefois moine & prieur « de ce monastère, sous le vénérable seigneur abbé Hugues, « que Nous voyons encore ici plein de vie & de santé, par « la divine miséricorde. Avant moi, les Pontifes romains ont « marqué leur passage sur la chaire de Pierre par leurs bien- « faits envers Cluny. Mais aucun d'eux n'avait encore visité « ces lieux. Vous le voyez à cette heure, c'était à moi que « la divine bonté réservait la faveur d'y venir le premier. « Entre les nombreux motifs qui Nous ont engagé à passer « en France, le premier, le principal, a été le désir de réjouir « par Notre présence ce monastère & ces moines qui sont « tout spécialement Nos frères, de les fortifier par Nos paro- « les, & de travailler à leur bonheur. C'est pour cela que « vous Nous voyez aujourd'hui au milieu de vous, consacrer « l'autel majeur de ce nouveau monastère & les autres autels « qui ont pu être préparés à temps. Nous vous encourageons « à pousser activement les travaux pour le complet achève- « ment de .ces édifices. Il Nous plaît encore, & Nous désirons « aussi qu'il vous plaise à vous-mêmes, parce que la chose « est juste & bonne, assigner certaines limites constituant « un ban sacré, assurant l'immunité comme la sécurité au- « tour de ces lieux, que vous & tous les chrétiens devez vé- « nérer & favoriser. Dans ces limites , nul n'aura désormais « l'audace, si puissant & qualifié qu'il soit, de contrevenir à « l'autorité sacrée en vertu de laquelle Nous défendons ici « toute usurpation, grande ou petite, tout incendie, pillage « ou vol, rapt.de créature humaine, rixes, & surtout homi- « cide ou mutilation.

<c Les limites de ce ban sacré sont donc : du côté de Berzé, « en deçà du ruisseau de la Salare, l'embranchement des « deux routes dont l'une mène à Cluny, l'autre à Mazille. « Sur la route de Beaujeu, le carrefour au-dessus du moulin « du cellérier de Cluny en deçà de Vianges. De l'autre côté

« de Cluny , vers Mazille , rembranchement des chemins de « Mazille & de Sainte-Marie-du-Bois. Au-dessus de Roflfey, « le sommet du Défend, à Tembranchement des routes de « Bezornai & de Charolles. Du côté de Ciergues, au carre- « four de Turgé. Sur la route de Châlon, à la grosse châ- « taigneraîe au-dessus de Marzy. Vers Brancion, le chemin « au-dessus du bois Bennand. Dans la direâion de Tournus, « le ruisseau nommé Longueau entre Blanot & Donzy. Du « côté de Péronne & de Laize , la limite est aux trois hêtres « entre notre bois de Cluny & le bois du comte. Du côté « d'igé enfin, aux charmes sur la colline de Montmain.

« Telles sont les limites du ban sacré que Nous donnons « & assignons de pleine certitude à ce monastère de Cluny, « en même temps qu'au bourg & au domaine. Nous ordon- « nons au nom du Seigneur Dieu tout-puissant, de par Tauto- « rite des bienheureux Apôtres Pierre & Paul, à vous tous « ici présents comme à quiconque lira ou connaîtra cet afte, « de ne point rompre sciemment ce ban , & d'en respefter « la loi en public & en particulier. Si quelqu'un y contreve- « nait sciemment en quelque point, il serait cité & jugé par « l'abbé, le prieur, le chambrier, ou enfin le doyen de Cluny, « selon qu'ils apprécieraient, & le coupable devrait se sou- « mettre à la satisfaction convenable. Que s'il refusait, il « serait frappé d'excommunication , quel qu'il fût ; & celui « d'entre vous qui en serait requis par l'abbé ou les moines « devrait leur prêter main forte pour contraindre le rebelle « à la soumission. Mais dès que satisfaction sera donnée, « l'excommunication pour rupture de ban sera levée. Ces « lois, enfin, ne vous obligent pas seuls, vous qui êtes ici « présents ; elles devront être observées aussi par tous ceux « qui sont absents, par vos fils, & tous vos descendants. « Terminons maintenant la cérémonie qui Nous occupe. Tous « ceux donc' qui feront du mal à ce Cluny que vous habitez, « & à ce monastère, seront dignes de l'anathème, & mérite- « ront d'être frappés par le glaive de saint Pierre. Au con- « traire, quiconque leur fera du bien , & vivra en paix avec « eux , mérite à jamais la grâce & la miséricorde du Christ

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