CHAPITRE XXIV
de vol, où la personne & les biens du coupable sont laissés à la discrétion du seigneur abbé ; sauf le cas d'adultère , où les coupables sont condamnés à une peine dont les mœurs chrétiennes faisaient la, pire de toutes les hontes, tout se règle par des amendes spécifiées & graduées, dont bénéficient par moitié le seigneur & la partie lésée. Il faudrait peut-être indiquer une troisième justice, très sommaire cellelà, mais qui n'a cours que dans un seul cas : si un homme ou une femme de mauvaises mœurs se permettent de. blesser, en aftes ou en paroles, un homme ou une femme sans reproche, point n'est besoin de recourir au plaid : il n'y a qu'à se faire justice soi-même, & sur-le-champ. Garantie de mœurs que plus d'un pays envierait aux bourgeois de Cluny. Celui qui s'était attiré la correftion n'avait pas même la ressource du scandale au prétoire ou au plaid ; sa cause était de celles qu'on ne devait ni écouter ni juger.
Parmi les articles de ce code civil, nous remarquons le droit de tester, & l'ordre de succession ab intestat reconnu. En cas de déshérence la succession revenait à l'église. Là encore se trouve la main du saint abbé , car le mouvement d'affranchissement datait de loin à Cluny. Or, la faculté de tester & d'hériter étant un des plus précieux droits de l'homme libre, cette liberté avait dû depuis longtemps appeler l'attention de l'abbé qui gouvernait Cluny depuis quarante-six ans lorsqu'Urbain II y vint faire afte d'autorité apostolique. Cet a6te, en facilitant les affranchissements & en accroissant la population , donna une nouvelle importance à ces clauses de droit auxquelles le seigneur abbé eut à veiller durant quatorze années encore.
Dans tout ce que nous venons de voir, nous ne trouvons aucune trace d'un mouvement pareil à ce que l'on nomme le mouvement communal. Nous voyons seulement une grande abbaye qui répand autour d'elle les bienfaits de la loi de Dieu. Le chrétien est né pour être libre. Les moines le savaient bien, & ils libéraient le peuple en le christianisant. Aussi la population formée sous leur influence fut-elle à l'abri de cet esprit déjà antichrétien qui produisit les com-
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