‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 225 sur 322 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

munes. Celles-ci ont été, dès leur naissance, dirigées, sur beaucoup de points , « contre le pouvoir épiscopal ou abba- « tial, & TEglise a eu ses raisons pour se montrer presque « constamment hostile au mouvement communal (i). » Ce mouvement n'était, pour une bonne partie, que la traduftion du cri de révolte : Nolumus bunc regnare super nos {2). Les populations du centre de la France, plus particulièrement formées à l'Evangile par les nombreux & puissants monastères, qui y régnaient depuis des siècles , & dont Cluny fut le plus grand, furent mises par Fesprit chrétien à Tabri de ces secousses brusques , qualifiées de « mouvement anti-ec- « clésiastique » par un juge compétent en la matière (3). Aussi la commune jurée à un jour précis, souvent jour de révolte & parfois de sang, ne s'y montre-t-elle que par exceptions (4). Le progrès de ces populations dans la liberté en fut plus sûr ; en fut-il plus lent ? Non ; Cluny était de cent ans en avance sur le domaine royal ; le peuple y jouissait d'une paix & d'une liberté que n'assuraient pas toujours aux communes « les municipalités du Xll*' siècle, devenues déjà des « aristocraties étroites & jalouses , aussi promptes à refuser « la liberté au menu peuple qu'à la revendiquer contre le « seigneur (5). » A nos yeux, c'est un grand éloge de l'abbé de Cluny de pouvoir montrer comment il a su protéger les âmes qui lui étaient confiées contre les dangers du mouvement qui alors inaugurait ce que le jargon révolutionnaire appelle si improprement du nom de laïcisation.

(i) Luchaire, Hist, des institut, ntonarcbiques de la France, t. II, p. 154.

(2) Luc. XIX, 14.

(3) Luchaire, loc, cit. p. 153.

(4) Aug. Thierry, Essai sur V histoire du Tiers-Etat, p. 252.

(5) Luchaire, p. 162.

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