‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 226 sur 322 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

URBAIN II A MARCIGNY ET A SOUVIGNY. CONCILE DE CLERMONT(i095).

RBAIN II quitta Cluny dès le lendemain de la solennité du 18 octobre, & continua son voyage vers Clermont, où le concile indiqué par lui devait se. réunir un mois plus tard. 11 prit la route de Charolles, en se dirigeant vers Souvigny avec Tabbé de Cluny. Mais en suivant cette direftion il passait en vue de Marcigny. Pouvait-il ne pas s'y arrêter? Ne connaissait-il pgs ce monastère depuis sa fondation? N'en avait-il pas consacré réglise, treize ans auparavant, alors qu'il était le cardinal d'Ostie? N'avait-il pas à ses côtés son légat Hugues de Lyon, qui, l'année précédente, y avait vu l'incendie miraculeusement éteint ? 11 n'y a pas de doute que le Pontife n'ait visité ce lieu sanftifié ; indépendamment de toutes les raisons que nous aurions pour le supposer, le privilège qui fut accordé peu après à Marcigny contient des détails qui n'ont pu être puisés qu'aux archives mêmes du monastère. La prieure n'était plus alors Gisèle de Béarn , mais Almodis de Périgord.

Après avoir passé la Loire, le bienheureux Pontife atteignit le prieuré de Souvigny. Pour lui, dont le cœur restait toujours fidèle à ses souvenirs monastiques , ce lieu était deux fois saint. Là reposaient saint Maïeul & saint Odilon. Les reliques de celui-ci avaient été élevées jadis par saint Pierre Damien ; le bienheureux Pape Urbain II procéda de même à la translation de celles de saint Maïeul, dont le tombeau était devenu glorieux par l'éclat des miracles. Ces nouveaux honneurs accordés ainsi au saint corps par le Vicaire du Christ furent le point de départ d'une ère de prospérité pour le prieuré comme pour tout ce qui l'entourait. Les seigneurs de Bourbon avaient fondé Souvigny, & en étaient les avoués. Mais, dans les dernières années, Archambaud IV de Bourbon avait entrepris sur les franchises très étendues dont jouissait le territoire appartenant au monastère. L'abbé de Cluny était intervenu, tantôt avec douceur, tantôt avec des paroles sévères, sans réussir à mettre un frein aux empiétements du turbulent seigneur. Un concile s'était assemblé ; les évêques allaient frapper Archambaud de l'excommunication, lorsque le charitable abbé avait demandé grâce encore cette fois pour lui , espérant que la crainte de la sentence suffirait seule désormais à le retenir. Mais sa confiance n'avait été justifiée qu'en partie. Lorsque le Pape Urbain II vint à Souvigny, Archambaud IV venait de mourir, & quoique, au lit de mort, il eût fait de lui-même abandon de toutes ses prétentions, son fils- Archambaud V reprenait ses mauvais errements. Les moines du prieuré profitèrent donc de la présence du Souverain Pontife pour essayer de mettre un terme à leurs maux. Durant la semaine que le Pape se plut à passer au monastère, comme il était au chapitre, entouré de tous les frères , ceux-ci lui exposèrent tout au long leur situation & lui demandèrent d'y porter remède. Urbain II promit d'y pourvoir. Le lendemain, précisément, Archambaud vint lui demander une faveur, celle de voir le Vicaire du Christ donner l'absoute sur la tombe du comte son père. Le Pontife accéda volontiers à ce désir, & accomplit la fonction. Mais ensuite, sans laisser au jeune comte le temps de faire un

Page 1