CHAPITRE XXV
pas pour s'éloigner, il lui représenta tous les torts qu'il s'était jusqu'à présent donnés , & obtint une renonciation explicite & complète à toutes les coutumes abusivement introduites. Pour mieux graver cette promesse dans Tesprit du jeune seigneur qui venait de la faire, Urbain II voulut lui donner le baiser de paix. Tout était parfait. Cependant, pour plus de sûreté, le Pape voulut insérer cette déclaration dans une bulle solennelle, par laquelle il confirmait les possessions & les immunités de Souvigny. Dans cet afte, Urbain II établissait pour le territoire dépendant du prieuré les mêmes libertés que pour Cluny, bien que d'une manière moins explicite. Il y ajoutait cette importante clause que, dans le cas où la paroisse tomberait sous le coup de l'interdit ou d'une excommunication colleftive, le monastère n'y pourrait être enveloppé (i). C'était un pas nouveau fait dans la voie ouverte par saint Grégoire VII, lorsqu'il avait soustrait à l'excommunication les moines clunisiens, où qu'ils se trouvassent, réservant au seul Pontife romain le pouvoir de fulminer contre eux cette sentence. Urbain II multipliera les privilèges de cette nature en faveur de Cluny.
L'on pouvait croire définitivement arrangé le différend avec Archarnbaud. Mais le Pape n'avait pas quitté Souvigny, que les exactions & usurpations recommençaient comme devant. Avis en fut immédiatement donné à l'abbé de Cluny, qui était en route avec le Souverain Pontife pour Clermont, où le concile devait s'ouvrir le i8 novembre 1095. Le seigneur abbé avait mission pour intervenir; car Souvigny n'étant pas abbaye , tout ce qui était fait contre ce monastère atteignait l'abbé de Cluny, auquel incombait alors la charge de protéger ses moines & de sauvegarder leurs droits. Il avertit aussitôt le Pape, qui cette fois obtint du jeune seigneur de Bourbon la promesse de s'en remettre aux décisions d'un plaid, où la cause serait agitée par-devant l'archevêque de Bourges. La conclusion de tout cela fut donc remise après le concile de Clermont (2).
(1) Bull, Cluniac, p. 23.
(2) Pour ces détails & ceux que nous donnerons encore sur ce même
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Lors'que cette solennelle assemblée s'ouvrit, l'on y compta environ trois cents archevêques ou évêques, & quatre-vingtdix abbés. Berthold de Constance & Guibert de Nogent nous laissent voir l'impression produite sur la foule des assistants par ces quatre cents crosses réunies. Hugues y trouva le vénérable évêque Haganon d'Autun, & Landri de Mâcon, Lambert d'Arras, Hoël du Mans, Ramnulfe de Saintes, tous prélats avec lesquels il entretenait des relations, aussi bien qu'avec l'archevêque légat Amat de Bordeaux. Il retrouvait aussi son fidèle disciple Bernard, archevêque de Tolède, primat des Espagnes; puis un moine de Sahagun, de l'observance clunisienne, qui venait de monter sur le siège de Compostelle. Il se nommait Dalmace. Enfin, au nombre des abbés , Hugues reconnaissait Geoflfroy de Vendôme, Richard de Saint- Viftor, Jarenton de Saint-Bénigne, & bien d'autres encore.
La France entière était représentée à Clermont; la France venait voir Pierre, entendre la parole de Pierre, & affermir ainsi sa foi. Cette apparition du Vicaire de Jésus-Christ dans les diverses parties du royaume y produisit une commotion plus salutaire que n'eussent fait de longues années de travaux & de luttes soutenus en son nom par ses plus illustres représentants. Partout où passait le Pape, la majesté apostolique dissipait les nuages, rompait les traditions mauvaises, ébranlait ou déracinait les préventions & les préjugés. Clermont devint donc le rendez-vous où se trouva tout ce que la France comptait de plus grand & de plus noble, dans l'Eglise ou dans l'Etat, dans le siècle ou dans la religion. Le roi seul y manqua. Mais du moins ne pouvait-il se soustraire tout à fait à l'entraînement de son royaume ; & le Saint-Père ne quittera pas la France sans l'avoir vu à ses pieds. Cependant à Clermont la sentence du concile d'Autun fut renouvelée contre Philippe I^^ & Bertrade de Montfort ; mais le Souverain Pontife n'y ajouta aucun arrêt de déchéance & de déposition.
sujet, nous suivons l'ade authentique tiré des archives de Souvigny, & reproduit en l'appendice des Annales O. S. B,, t. V, n. xxxix.