CHAPITRE XXV
tenue en fief des abbés de Cluny. Cela fait, Hugues remit au jeune comte toute pénitence des méfaits commis contre les biens de Saint-Pierre, sauf les aumônes qu'il devrait faire pour en obtenir le pardon. Archambaud fut enchanté de tout ce qui était ainsi réglé ; sa joie naïve ne put se dissimuler, lorsque le seigneur abbé l'invita pour le jour suivant à sa table. La bonté, la douceur avec lesquelles Hugues de Cluny avait conduit toute cette affaire avaient gagné le cœur du comte, & ainsi rendu l'arrangement plus sûr & plus durable que n'auraient pu faire des mesures de rigueur. Il était temps pour Archambaud V de donner satisfaction à l'Église, car très peu de jours après il mourut. Mais son frère Aymon, en héritant de ses domaines, eut à cœur de tenir toutes ses promesses. La cérémonie des funérailles était à peine terminée, que le nouveau comte de Bourbon entrait au chapitre de Souvigny, où tous les pères étaient assemblés autour du seigneur abbé de Cluny & du prieur Henri. En présence des moines, comme aussi des nombreux seigneurs laïques entrés à sa suite, Aymon confirma en son nom propre toutes les stipulations arrêtées avec son frère, en assurant le monastère de ses dispositions les plus amicales. Il fut alors conduit à l'église, & il déposa sur l'autel de saint Pierre une charte attestant les promesses qu'il venait de faire au chapitre. Prenant ensuite sur l'autel même la bannière de l'église, que le sacristain y avait déposée, il l'éleva & l'agita, pour témoigner qu'il se considérait comme l'avoué du monastère, prêt à en défendre fidèlement toutes les prérogatives.
Nous avons cru devoir donner un peu longuement le récit de toute cette négociation, parce qu'elle caraftérise par des faits précis la manière d'agir du saint abbé, puis aussi parce que nous aurons plus tard à y renvoyer Je lefteur.
Pendant que Hugues poursuivait à Souvigny le dénouement de cette affaire, le Souverain Pontife continuait son voyage à travers la France. Et à mesure qu'il rencontrait ses chers monastères clunisiens, les marques de sa faveur se multipliaient pour eux. Au mois de mars, durant son séjour en Touraine, sa pensée se tournait vers le prieuré de Bain-
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son , situé au diocèse de Soissons , au pied de la colline de Châtillon-sur-Marne, sur une terre appartenant à sa famille. Les parents du Pontife avaient aimé ce moutier, & l'avaient doté. En 1077, le comte palatin Thibaut de Champagne en avait obtenu la réunion au monastère de Coinci , qu'il avait donné à Cluny, on se le rappelle. Aujourd'hui, le Pontife souverain couvrait de sa puissance le petit prieuré , le rattachait directement à Cluny (i), & lui assurait les mêmes libertés qu'aux autres « membres » de la grande abbaye , selon l'expression constante en pareil cas. D'autres aftes plus éclatants faisaient connaître à l'abbé Hugues, demeuré loin du Pontife, la marche que suivait Urbain II ; car chacun des pas du Saint-Père était marqué par quelque bienfait. A Noël 1095, il se trouvait à Limoges, & Saint-Martial éprouvait la puissante faveur du Vicaire de Jésus-Christ. Saint-Jean d'Angély, Figeac, Montierneuf, au début de Tannée 1096, quelques mois plus tard Saint-Martin des Champs, Saint-Eutrope, Leirac, Moissac, Saint-Orens, Saint-Pons de Tomières, Saint- Gilles, recevaient à leur tour des marques de la munificence apostolique. Mais ce que, en quittant la France, Urbain II laissait de plus précieux à Tordre de Cluny, c'étaient les églises consacrées de ses mains dans leurs plus beaux monastères. La basilique de Saint-Martial, que Ton nommait la basilique royale en souvenir de Louis le Pieux, qui l'avait autrefois édifiée, & que Tabbé Adémar avait reconstruite ; les églises neuves de Montierneuf, de Saint-Pierre de Moissac, la crypte restaurée de Saint-Eutrope de Saintes, avaient eu le même honneur que l'église de Sauxillanges & Tautel majeur de Cluny. Un certain nombre d'autres sanftuaires monastiques
(i) C'est en effet la seule manière d'expliquer les mots « Cluniacensi cœnobio contradentes », qui se lisent au buUaire de Cluny (p. 2^) dans la bulle du bienheureux Urbain II. Car d'une part l'ade d'union de Bainson au monastère clunisien de Coinci existe encore (Gall, Christ, t. X, instrument, col. 99) ; & d'autre part le Pape ne pouvait ignorer cette union. En déclarant « donner Bainson au monastère de Cluny », le Pontife voulait donc dire évidemment qu'il en faisait désormais un prieuré dépendant immédiatement de la mère abbaye.