‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 235 sur 322 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

OU d*ég!ises cathédrales pouvaient se glorifier d'une dédicace pareille ; mais c'étaient certainement, & de beaucoup, les monastères clunisiens qui avaient reçu TefiFusion la plus abondante des grâces spirituelles que le chef visible de l'Eglise avait répandues sur cette terre de France. Cluny était alors à l'apogée de sa gloire; nous le disions tout à l'heure, la voix de rÉglise avait proclamé sa viftoire. Il semble que l'achèvement de tant de grandes basiliques en fût comme le symbole, visible à tous les yeux.

Certainement le Pape attendait beaucoup encore de Cluny & de son grand abbé. Ses dernières bulles confiaient à celuici plus d'une entreprise difficile, dont nous aurons à reparler. Mais, le 9 janvier 1097, Urbain II, de retour au Latran, donnait à Cluny le plus magnifique témoignage de son estime (i). Le seigneur abbé avait demandé au Saint-Père, durant son séjour en France, de résumer & confirmer tous les privilèges anciens & nouveaux accordés par le Saint-Siège aux Clunisiens. Voici comment le bienheureux Pontife lui répondait :

« La grâce de la charité apostolique doit subvenir aux né- « cessités de tous les fidèles qui réclament son secours ; « mais elle doit surtout se montrer clémente & généreuse « envers les fils que la sainte mère Église de Rome recon- « naît tout spécialement comme siens. De ce nombre sont les « moines assemblés à Cluny, communauté que les dons di- <^ vins ornent & pénètrent plus que toute autre, & qui brille « sur la terre comme un second soleil. N'est-ce pas à eux « que l'on peut appliquer aujourd'hui avec le plus de vérité \< la parole du Seigneur : Vous êtes la lumière du monde? « Aussi, très cher frère Hugues, la puissance & la majesté « du Siège apostolique sont-elles bien obligées de condes- « cendre à vos désirs, puisque la sainteté de votre vie fait « vous obéir l'auteur même de toutes choses. » Après un préambule aussi beau, le Pape confirmait tous les privilèges accordés par saint Grégoire VII au monastère & à ses pos-

(1) BuîL Cluniac. p. 30.

sessions, comme aussi la bulle que lui-même avait donnée un an plus tôt sur la question des autels & des dîmes. Puis venaient Texemption de Cluny à l'égard de Tévêque diocésain, la clause protectrice contre l'interdit, dont ne pouvaient être frappés ni le territoire ni les moines individuellement. Le jugement des Clunîsiens était réservé au Siège de Rome, dont ils étaient les fils à des titres particuliers. Mais la bulle ajoutait des privilèges nouveaux, qui réduisaient singulièrement à l'égard de Cluny la portée du décret conciliaire de Clermont. Le Pape était maître d'y apporter telles restriftions qu'il jugeait utiles & dans la mesure qu'il jugeait convenable. 11 disait donc : « 11 sera loisible, à vous & à vos frères, de « choisir les prêtres qui devront desservir les églises de votre « dépendance, en sorte cependant qu'ils reçoivent la charge « des âmes de la main des évêques ou de leurs vicaires, mais « sans aucune espèce de contrat vénal. Si les évêques s'y « refusaient dans ces conditions, ce qu'à Dieu ne plaise, « alors ces chapelains recevraient leur mission de la bienveil- « lance du Siège apostolique lui-même. Les consécrations « d'autels ou d'églises devront être faites par les évêques « diocésains ; mais s'ils prétendaient ne le faire qu'à prix « d'argent, alors vous seriez libres de choisir tel évêque qu'il « vous plairait dans l'Église catholique. » Le Souverain Pontife consacrait ensuite à nouveau le droit d'asile de Cluny, en l'étendant à toutes ses dépendances, « en vertu de Tautorité « du Dieu dont il est le Vicaire. » 11 y ajoute ce privilège nouveau & fort grave : l'anathème est levé pour quiconque vient chercher près des moines clunisiens le droit aux derniers sacrements, à la sépulture chrétienne, enfin le pardon & la miséricorde. Il fallait « que la maison de charité fût, pour « quiconque y viendrait, l'instrument du salut dans le temps «& l'éternité, l'asile ouvert par la miséricorde divine, la « source du pardon & de la bénédiftion apostolique. »

Le Pape accordait encore à Cluny un privilège qui fut plus tard la matière d'une controverse restée célèbre à cause du grand nom de saint Bernard. Les Clunisiens étaient autorisés à recevoir librement tout moine ou chanoine régulier qui

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