CHAPITRE XXVII
Henri VIII le châtiment de ses scandales. Elle fut soutenue par ceux que nous avons aujourd'hui le bonheur de nommer bienheureux, Tévêque martyr Jean Fischer, & le chancelier Thomas Morus, aussi martyr. Le Saint-Sépulcre tomba sous les coups de Henri Vlll ; mais c'était une fin digne de saint Anselme son fondateur.
A peine rentré en Angleterre, le primat se retrouvait aux prises avec les mêmes difficultés que sous le règne précédent; il s'y ajoutait encore ceci, que le prince contre lequel il devait maintenant lutter, savait conserver dans ses démarches des formes diplomatiques dont le brutal Guillaume le Roux était incapable. Après avoir assuré la couronne sur la tête de Henri Beau-Clerc , Anselme se voyait de nouveau en butte aux exigences césariennes du roi & obligé aux mêmes résistances. De loin son ami de Cluny suivait ses luttes, dont un moine clunisien, arrivant d'Angleterre, donna tous les détails. Hugues écrivit aussitôt la lettre suivante :
« Au très doux & vénérable père, au bien-aimé & respec- « té seigneur Anselme, pontife de la sainte Église de Can- « torbéry, frère Hugues, abbé de Cluny, & son petit trou- « peau : tous les souhaits de ce bonheur que Dieu a préparé « à ceux qui l'aiment.
« Puisqu'il nous est si difficile, père très saint, de jouir « de votre présence, de dilater nos cœurs en de fréquents « entretiens avec vous, comme nous le désirerions, du moins « pouvons-nous vous visiter par lettres, & satisfaire notre « cœur pour un moment. Quand on a comme moi, de par « la grâce divine, le bonheur de posséder dans le Christ un « ami si saint & si grand, comment ne pas désirer en recèle voir de fréquents souvenirs, qui réconfortent & réjouissent « l'âme? Avant le jour où nous vous avons connu, le suave « parfum de votre renommée nous vivifiait déjà. Mais depuis « que Dieu nous a donné le bonheur de vous voir , puis-je « dire combien je vous suis attaché, combien mon cœur « s'est lié au vôtre? Ce ne sont point là sentiments humains, « mais bien l'ouvrage de cet Esprit qui souffle où il veut. « Grâces lui en soient rendues ! Puisse cette union qu'il a
« formée ici-bas se continuer jusqu'au sein de la gloire éter- « nelle, par la volonté du même Esprit. Mais voici que « nous apprenons les anxiétés cruelles qui vous ont assailli « depuis le jour où vous nous avez quittés. Si telle eût été « la volonté du souverain Maître, votre bonheur eût été de « rester avec Marie aux pieds du Seigneur, & de contempler « sa face, plutôt que de travailler péniblement à l'exemple de « Marthe. L'homme ne s'appartient pas. Remettez-vous donc « à la volonté de Dieu, qui prend soin de vous, & qui sait « tous vos besoins. Mettez en lui toute votre espérance; « cherchez en lui tant que vous le pourrez la force & la per- « sévérance , & soyez prêt à tout supporter. II sera votre se- « cours, bien certainement, ce Dieu qui n'a jamais manqué « à ceux qui espèrent en lui.
« Mais que fais-je, voyez donc? N'ai-je pas l'air de vouloir « donner des leçons à votre sainteté ! Ce serait porter de l'eau « à la mer. Croyez-le bien, ce ne sont point des leçons, mais « des consolations que. nous voudrions faire arriver à notre « ami le plus cher. Je puis bien ajouter que le monastère « de Cluny est à votre service, & ne vous manquera jamais, « à la vie ni à la mort. Nous envoyons dans votre pays « notre fils Geoffroy ; il vous parlera lui-même , & je n'ai « pas besoin de le recommander à votre paternité, car il ne « cesse de nous redire quels conseils & quels secours cha- « ritables vous lui avez donnés l'an passé. Et non pas à lui « seul, du reste ; car tous ceux de nos frères qui vous « voient en allant & venant , ne se lassent pas de célébrer « votre charité à leur égard. Grâces vous en soient rendues, « & de tout notre cœur. Humblement nous vous prions de « nous faire savoir par Geoffroy, lorsqu'il nous reviendra, « où vous en êtes & ce que vous comptez faire ; afin que « nous puissions, comme vrais fils, nous réjouir de vos joies « ou (ce qu'à Dieu ne plaise !) pleurer de vos douleurs.
« La grâce & la paix de Dieu soient avec vous, glorieux « père. Dans vos saintes prières souvenez-vous de nous. v>
Cette lettre si affectueuse dut être un véritable baume pour le primat, toujours isolé dans la lutte. Il ne se passa pas