‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 245 sur 322 · CHAPITRE XXVIl 45 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIl 45 I

tré à Cantorbéry (i io6), bientôt il vit arriver des moines de Cluny, porteurs d'une nouvelle lettre. Le saint abbé lui disait :

« Depuis le jour où vous nous avez quittés, bien-aimé du « Seigneur, nous n'avons pu savoir ce que vous deveniez. <c Nous espérons bien cependant de la miséricorde divine « que, partout où vous vous trouverez, vous serez assisté du « secours d'en haut. Il faudrait, en effet, n'avoir pas le cœur « d'un homme pour ne vous pas vénérer & chérir comme « un ange de Dieu, dès qu'on a pu goûter la douceur de « vos entretiens. Aussi, du sein de notre indignité, nous « supplions la divine clémence de vous conduire à la gloire « éternelle des cieux, après vous avoir si magnifiquement « orné en ce monde.

« Voici , père , que nous envoyons dans votre pays nos « fils, qui sont aussi vos serviteurs & vos amis fidèles. Ils « sont chargés d'affaires qui concernent notre monastère. « Nous les voulons recommander à votre sainteté, pour que « leur mission s'accomplisse d'après vos conseils & sous la « sauvegarde de votre autorité. »

Hugues ajoutait ensuite quelques lignes pour s'entendre avec Tarchevêque au sujet d'une affaire particulière dont nous ne pouvons pas au juste préciser les détails (i). C'est la dernière trace qui nous soit parvenue des relations de ces deux saints , auxquels il ne restait plus que peu de jours à passer sur cette terre.

Le bienheureux pape Urbain II n'avait pas été témoin du triomphe si chèrement acheté par le primat d'Angleterre. Il n'avait même pu connaître en ce monde l'entrée viftorieuse des croisés à Jérusalem. La ville sainte venait seulement de tomber au pouvoir des chevaliers chrétiens, lorsque le saint Pontife, qui avait été l'âme de la glorieuse expédition, quittait cette terre, où il avait tant souffert & travaillé. Son successeur fut encore un disciple de l'abbé de Cluny, ce cardinal Rainier que nous avons vu presque enfant étudier dans

(1) Ihid.

le cloître clunisien, puis propager en France & en Espagne rinfluence de la grande abbaye au service du Saint-Siège. Le nouveau Pape prit le nom de Pascal IL Ce fut lui qui vit Anselme de Cantorbéry venir à Rome lors de son exil ; ce fut lui qui le vit rentrer en Angleterre. Ce fut à lui encore que revint le lourd héritage des graves questions qui continuaient à s'agiter en France •& en Allemagne. Nous devons dire brièvement comment elles se réglèrent, & quelle part y eut le saint abbé de Cluny.

Henri de Germanie touchait à l'âge de cinquante ans, dont trente à peu près passés à faire à FEglise autant de mal qu'il lui avait été possible. Mais l'aurore du XII* siècle éclaira les préludes de la vengeance divine. Le vieil antipape Guibert mourut Tan iioo; Henri commençait en ce moment même à voir le vide se faire définitivement autour de lui. La guerre civile & les crimes dont il désolait depuis vingt ans son royaume écartaient de lui, à quelques exceptions près, ceux-là même que les sentences d'anathème n'avaient pu en détacher d'abord. 11 eut recours à la ruse; depuis si longtemps elle l'avait tant servi ! Comme bien d'autres princes avant & après lui, Henri parut compter sur le nouveau pontificat pour ramener une paix, dont la rupture n'était sans doute que l'œuvre de Pontifes intraitables. La querelle n'était qu'une affaire personnelle, & certainement l'on s'arrangerait pour faire la paix avec le Pape nouveau dont on reconnaissait le caractère conciliant. En même temps, Henri annonçait le projet de prendre part à la croisade, & de partir pour Jérusalem. C'était à la Noël de Tannée 1102. L'enthousiasme se réveilla de tous côtés pour le prince converti. Car des ruses pareilles n'étaient point encore usées ; il devait même se passer bien du temps avant qu'elles le fussent. Une lettre emphatique vint s'y ajouter ; elle était adressée à l'abbé de Cluny, & fut répandue en Allemagne à nombreux exemplaires. Ce procédé-là, non plus, n'est pas neuf, on le voit. Henri savait que le nom seul du grand abbé serait une garantie des intentions qu'il affichait en lui écrivant. Depuis longtemps, selon la maxime de l'Evangile, Hugues avait dû

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