‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 250 sur 322 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

DERNIÈRES LUTTES DE L'aBBÉ DE CLUNY

(lIOO — iio6)

AINTENANT que nous avons vu les relations de Tabbé de Cluny avec tous les princes qui affligeaient TEglise, il nous faut revenir en arrière de quelques années. Durant les neuf ans que notre saint vivra encore sur cette terre, plusieurs affaires d'une haute gravité réclameront ses derniers efforts. Elles durent être menées presque simultanément ; il nous sera impossible de les exposer de même ; nous les examinerons donc, autant que nous le pourrons, dans Tordre où les questions se posèrent. Mais nous croyons devoir faire remarquer ici que cette méthode ne donnera qu'une idée imparfaite de Taftivité d'esprit déployée alors par le patriarche clunisien, qui put suffire à tout en même temps. Il était pourtant alors oftogénaire; & nous jugeons utile d'inscrire cet âge à l'ouverture de la période que nous allons étudier.

Un nouveau Pontife, avons-nous dit, siégeait' maintenant

sur la chaire de saint Pierre. Elu le i} août 1099, Pascal II voulut , comme le bienheureux Urbain II , son prédécesseur & son frère à Cluny, notifier son élection au saint abbé qui avait été son père. Il lui écrivit le 10 septembre de la même année ; c'est même la première en date des lettres qui nous restent de ce Pape. Hugues lui demanda la confirmation des bulles accordées au monastère par les Pontifes précédents. C'était sa coutume, on Ta vu, afin de pouvoir opposer des documents plus probants aux entreprises qui se renouvelaient fréquemment, sur un point ou sur un autre, contre les immunités clunisiennes. Cette fois il y avait une raison particulière dont nous allons parler, & qui engagea le Pape à donner une solennité spéciale à Tafte par lequel il confirmait Tabbaye dans ses privilèges. Non seulement il fit contresigner par six cardinaux la bulle accordée à ce sujet par lui aux moines de Cluny ; mais encore il y joignit une encyclique adressée aux archevêques & évêques de la France entière, pour leur rappeler le respeft dû en général à tous les aÊles du Saint-Siège, & en particulier réclamer de leur part l'observation des privilèges conférés à Cluny. Le Pape insistait en termes très pressants sur les sentiments des Pontifes romains à regard de ce monastère, & disait enfin aux prélats auxquels il s'adressait : « Imitez vos pères, qui ont aimé « cet ordre ; associez-vous, en Taidant, aux bénédiftîons de « salut que le Seigneur répand par lui sur tant de pécheurs ; « aimez-le , protégez-le , assistez-le , de manière à lui donner « les moyens de servir le Tout-Puissant dans une paix tou- « jours plus profonde. Jetés que vous êtes au milieu des « tempêtes du monde , vous obtiendrez ainsi , grâce à ces « religieux, les faveurs de Dieu & celles du Siège apostoli- « que(i). »

Pascal II n'avait-il pas des raisons particulières pour faire entendre des paroles aussi graves ? Nous croyons qu'il savait ce qui se passait alors en Bourgogne. Le vénérable Haganon, évêque d'Autun, était mort en 1098. Pour Cluny, c'était un

(i) BibL Cluniac. col. 52c.

Page 1