‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 251 sur 322 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

ami fidèle qui disparaissait. La perte était d'autant plus sensible que le successeur du prélat défunt ne lui ressembla en rien. Il s'appelait Norgaud; « sa main se leva contre tous, « & la main de tous se leva contre lui (i). » Le chapitre d'Autun attaqua d'abord à l'unanimité l'éleftion du nouvel évêque, viciée par la simonie. Bientôt Norgaud se mit en guerre avec les abbés de Cluny , de Saint-Bénigne , de Flavigny & de Saint-Martin d'Autun ; dans ces deux derniers monastères il sema la révolte parmi les religieux, & à Saint- Martin ses menées finirent par provoquer un drame sanglant. Les abbés de Cluny & de Saint-Bénigne portèrent leur cause par-<levant deux cardinaux légats, au concile de Valence (2), & Norgaud fut provisoirement suspendu de ses fondions épiscopales, jusqu'au prochain concile indiqué à Poitiers. Là, les trois abbés se présentèrent encore, avec les trentecinq chanoines d'Autun, venus aussi à Poitiers pour soutetenir leurs accusations. Les deux légats étaient d'ailleurs hommes d'une fermeté à l'épreuve des difficultés. Ils ne crurent pas soutenir une révolte presbytérienne en confirmant la sentence portée à Valence contre Tévêque d'Autun, qui d'ailleurs ne s'en soucia guère. Mais de son côté le chapitre ne faiblissait pas. Le prélat fut assez heureux pour mettre dans ses intérêts un cardinal qui se rendait en Angleterre; celui-ci n'avait aucune qualité pour juger des affaires de France; néanmoins il ne fit pas difficulté de prononcer la réintégration de Norgaud dans toutes ses prérogatives. Mais le chapitre ne céda pas pour cela; l'immixtion au moins étrange de ce cardinal lui semblait de tous points abusive ; & les deux légats de France témoignèrent hautement qu'ils en jugeaient de même. Qu'importait à Norgaud? 11 reprit ses menées, & cette fois s'attaqua surtout à Cluny. Mal lui en prit. Hugues de Cluny fit appel directement au Pape, qui aussitôt députa le cardinal Milon, moine lui-même, & doué

(1) Gen. XVI, 12.

(2) Gallia Cbristianaf t. IV, col. 389 & seq. — Labbe, ConciL t. X, col. 717 & seq.

d'une grande énergie. Norgaud avait entrepris de réclamer la profession d'obéissance de Tabbé Artald de Vézelay. C'était là un des points les plus ardemment contestés à cette époque entre évêques & abbés. Rome soutenait ces derniers, sauf exceptions motivées par des droits antérieurs ; car il y avait là une nouvelle attaque à l'exemption monastique, dont le Saint-Siège sentait toute l'utilité. Vézelay relevait depuis longtemps de Cluny; la bulle d'Etienne X, que nous avons citée, mentionnait déjà cette abbaye comme dépendante du grand monastère. Hugues intervenait donc de plein droit dans une cause où l'abbé de Vézelay n'aurait peut-être pas pu faire valoir assez puissamment ses titres. Déjà Norgaud avait jeté l'interdit sur l'abbaye. Le cardinal Milon vint d'abord à Cluny, puis convoqua un plaid qui se tint à Mar zille(i). Il ne s'agissait pas d'un concile. Le cardinal voulait mener vigoureusement cette affaire, où le droit était évident. Il apportait avec lui des bulles de Pascal II établissant les droits des Clunisiens conformément aux privilèges précédemment accordés par les Pontifes romains. De même, pour Vézelay, une bulle pontificale refusait à l'évêque d'Autun le droit d'exiger de l'abbé aucune profession d'obéissance, & réglait pour le surplus leurs rapports mutuels. La réunion était donc destinée moins à débattre ces questions qu'à signifier sans appel à Norgaud la conduite qu'il devait tenir désormais. Il se soumit aux ordres du Souverain Pontife, ainsi exposés par le légat & certifiés par bulles authentiques. Afte fut dressé, réglant les détails de l'accord en ce qui concernait différentes églises sur lesquelles Norgaud avait élevé des prétentions ; & l'on aurait pu regarder la paix comme acquise de ce côté pour Cluny, si le tempérament brouillon du prélat n'avait été fait pour inspirer des inquiétudes ; elles devaient se réaliser plus tard. Mais pour le moment le calme était rétabli (i 103).

(i) Recueil des histor, des Gaules, t. XIV, p. 117. — Dom Brial a rétabli la traduélion qu'il faut donner au mot « Masiliac » traduit jusqu'alors par « Marseille », malgré l'invraisemblance. Mazille est situé à peu de distance de Cluny, sur la route de Ne vers à Mâcon.

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