‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 253 sur 322 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

tées la résistance des moines de Beaulieu. Néanmoins il accepta encore, & envoya son grand-prieur Ives de Vermandois avec quinze moines pour relever Tillustre abbaye (1097). Mais lorsque, à l'arrivée des Clunisiens, les moines de Saint- Germain apprirent que leur monastère serait désormais soumis à Cluny, une vive opposition se manifesta, & obligea bientôt le grand-prieur & ses religieux à quitter Tabbaye. Le vénérable abbé de Cluny n'entendait pas recommencer une expérience condamnée par ses résultats ; depuis longtemps il n'acceptait plus de restaurer une abbaye sans que Téleftion de Tabbé lui fût remise , ou au moins sans qu'il fût en droit d'y présider. Il laissa donc fort paisiblement les moines de Saint-Germain & l'évêque d'Auxerre chercher ailleurs ce qu'il était bien résolu à ne point leur donner. On s'adressa en effet à Marmoutiers, à la Chaise-Dieu ; mais Marmoutiers & la Chaise-Dieu refusèrent d'agir autrement que Cluny (i). On arriva ainsi jusqu'en 1099. L'abbaye de Saint-Germain n'avait toujours pas de chef, & de plus avait à se défendre contre les vexations de Guibert, son ancien abbé, maintenant son ennemi. Enfin, le comte Etienne de Blois, son épouse Adèle d'Angleterre, & le comte de Nevers se réunirent à l'évêque d'Auxerre pour appeler l'intervention papale. Au concile romain de 1099, le prélat se présenta, suivi de plusieurs moines de Saint-Germain. Le bienheureux Urbain II trancha la question en donnant raison à l'abbé de Cluny , auquel il expédia une bulle. L'abbaye de Saint-Germain était remise à la disposition de l'abbé de Cluny, pour y restaurer Tobser- 'vance d'après les us clunisiens; il était seulement stipulé que le monastère continuerait à être gouverné par un abbé. Hugues obéit aux ordres du Souverain Pontife, & accepta cette tâche difficile, dont la malveillance devait encore s'ar-

(i) On veut voir dans ce refus le résultat des intrigues clunisiennes. Pas n'est besoin de recourir à ces suppositions malveillantes, qui tendent toujours à présenter Cluny comme animé d'un esprit d'envahissement & d'ambition. Les deux abbayes de Marmoutiers & de la Chaise-Dieu, d'autres encore, ne suivaient pas, dans la propagation de leur observance, une autre méthode que Cluny ; nous le prouverons plus loin.

mer contre lui. En effet, l'ambition clunisienne est restée prouvée jusqu'à nos jours , par la fermeté avec laquelle Hugues maintint à l'égard de Saint-Germain le principe salutaire de la nomination abbatiale. Pourtant est-ce lui qui a recherché cette mission? Le lefteur sait la vérité sur ce point, qui explique tout le reste.

D'ailleurs , la manière discrète dont le saint abbé se servit des pouvoirs que lui conférait le Pape , est faite pour éclairer ses intentions. Comme en d'autres circonstances analogues, il usa de modération & de ménagements. Pour remplir le poste difficile d'abbé à Saint-Germain, il jeta les yeux sur un de ses neveux. C'était l'orphelin de son frère Dalmace, Hugues de Montaigu, que le saint abbé avait élevé à l'abbaye dès sa plus tendre enfance. Il était encore tout jeune ; mais son esprit était mûr, & il semble qu'il ait été formé à l'image de son oncle vénérable, à voir la manière pleine de taft dont il se conduisit. L'abbé de Cluny lui donna la crosse, mais les religieux furent cependant consultés, & leurs suflrages furent unanimes en faveur du jeune moine clunisien. Après lui deux autres abbés clunisiens continuèrent son œuvre.

Au moment où Hugues de Montaigu ramenait la paix en cette illustre abbaye, une autre affaire d'un caraftère particulier s'imposait encore au saint abbé de Cluny. Il s'agissait de relever l'antique monastère de Saint-Bertin, au diocèse de Thérouanne. Clémence, comtesse de Flandre, avait commencé à solliciter l'abbé Hugues de prendre en main cette œuvre de salut, peu après le départ des croisés. Mais c'était précisément au moment où le grand-prieur Ives de Vermandois se voyait fermer les portes de Saint-Germain d'Auxerre. Aussi Hugues n'eut-il garde d'acquiescer à la demande de la comtesse. Celle-ci n'en persista pas moins dans son désir. Saint-Bertin avait un besoin urgent d'être ramené à la ferveur de la discipline monastique. Lambert, son abbé nouvellement élu, était homme de bons désirs, mais ne se sentait pas la force de réagir seul contre le mal. Il avait donc demandé à Robert de Flandre & à la comtesse rintroduftion , des Clunisiens en son monastère. Et c'était pour seconder

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