‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 255 sur 322 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

constatent la prospérité spirituelle & matérielle apportée par les Clunisiens à cette abbaye. En quelques années le nombre des religieux y devint considérable, &, en moins de six ans, les us de Cluny se répandirent de là dans la plupart des monastères flamands. Afflighem & Anchin les suivaient déjà; Lambert les introduisit à Tabbaye d'Auchy-les-Moines , à Saint-Remi de Reims, à Berghes Saint-Winnoc, à Saint-Martin de Tournai, d'où elles passèrent à Saint-Vaast d'Arras, à Saint-Pierre de Gand, puis à Saint-Bavon. Saint-Trond les reçut en 1107. Plus tard le roi Louis le Gros les fit entrer à Saint-Médard de Soissons(i). Cette propagation si rapide est toute à Thonneur du monastère dont la supériorité spirituelle & matérielle était ainsi reconnue par d'illustres abbayes. Hugues recueillit encore de ses relations avec Saint- Bertin d'autres fruits plus spécialement destinés à Cluny. En 1103, Baudouin, comte de Flandre, lui donnait le monastère de Saint-Sauve près Valenciennes ; en 1107, Eustache de Boulogne lui remettait celui de Saint-Vulmar, qu'il avait tenté vainement par tous les moyens de relever d'une décadence profonde.

En 1 100, une autre lutte s'engageait dans l'Ouest; ce devait être la dernière du saint abbé ; mais cette fois il allait avoir affaire à un saint, à un caraftère de la plus vigoureuse trempe.

Les trois abbayes de Saint-Jean d'Angély, de Maillezais & de Saint-Cyprien de Poitiers donnaient alors de grands soucis à l'abbé de Cluny, toujours sur le point capital de rinstitution des abbés. Hugues, retenu par son grand âge, négociait à distance par ses mandataires ; & l'évêque Ramnulfe de Saintes, en particulier, lui prêtait un appui dévoué, comme le faisaient ailleurs ceux d'Arras & de Thérouanne. Mais ce fut surtout à Saint-Cyprien que la lutte fut vive. Le lefteur a pu remarquer, dans la bulle donnée par le Pape Etienne X à l'abbé de Cluny, cette phrase significative :

(i) Pour tous les détails de cette affaire, voir Ànnaî. Bened. t. V, ann. 1 101 . — De Laplane» Les Ahhés de SainUBertin, t. I.

« Nous te confirmons dans Tabbaye de Saint-Cyprien de Poi- « tiers ce que tes prédécesseurs y ont possédé. » Ces termes assez réservés semblent indiquer qu'il y avait là une situation indéterminée, que le Pontife romain se bornait à maintenir sans en juger au fond. Les titres nous manquent pour l'apprécier nous-mêmes. Toutefois Hugues de Cluny se croyait fondé à réclamer là aussi le droit d'instituer Tabbé. L'an i loo, le cas se présenta. Les moines de Saint-Cyprien cependant procédèrent hâtivement à une élection, sans consulter l'abbé de Cluny. Hugues porta ses plaintes au Pape Pascal II, qui, jugeant dans le même sens que lui , ordonna que l'élu des moines poitevins déposerait la crosse & donnerait satisfaction à l'abbé de Cluny.

Quel était cet élu ? C'était Bernard d'Abbeville, qui, en 1066, avait été admis à la profession monastique dans l'abbaye même de Saint-Cyprien, mais qui depuis avait vécu en ermite aux îles Chausey, puis dans les forêts du Maine. 11 avait acquis une grande réputation de sainteté par ses prédications autant que par ses exemples. 11 avait consenti à prendre la crosse de Saint-Cyprien; lorsque les légats du Saint-Siège tinrent à Poitiers un concile pour fulminer Tanathème contre Philippe I^**, lorsque les hommes d'armes du comte de Poitiers firent irruption dans la cathédrale, Bernard seul avec Robert d'Arbrissel osa rester aux côtés des. légats, demeurés intrépides en face du danger. Quand la lettre du Pape Pascal II vint lui enjoindre de quitter son siège, il se soumit, & retourna dans sa solitude avec empressement. Mais, durant quatre ans, les moines de Saint-Cyprien refusèrent de reconnaître les droits que le Pontife romain avait déclarés appartenir à Tabbé de Cluny. En 1 104, ils réussirent à ramener Bernard au milieu d'eux, & le chargèrent d'aller à Rome plaider la cause de leur abbaye. Pascal II accueillit avec faveur l'austère ermite, dont il connaissait le dévouement au Saint-Siège. Après une conférence secrète avec lui, le Pape revint sur la décision prise en 11 00, & le confirma dans le gouvernement de Saint-Cyprien. Le Souverain Pontife pouvait compter sur l'entière obéissance de l'abbé de

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