‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 257 sur 322 · CHAPITRE XXVllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVllI

grec, Teussent qualifié d'archimandrite, Hugues n'y pouvait rien & n'avait pas à en répondre. D'ailleurs tout le monde était d'accord, au XII« siècle, que le titre honorifique d'archi-abbé; très légitime en certains cas, n'offrait aucune analogie avec celui d'archevêque ou d'archiprêtre. Les moines clunisiens députés à Rome avaient donc beau jeu sur ce point. Sur la question de droit relative à la soumission de Saint-Cyprien, il paraît qu'ils ne purent présenter des raisons suffisamment probantes ; car le Pape jugea définitivement en faveur de Bernard & lui rendit son abbaye. Mais le saint homme, de retour en France, quitta de lui-même son monastère pour chercher ailleurs des compagnons plus aptes au genre de vie qu'il entendait suivre. Il retourna d'abord aux îles Chausey; puis les événements le ramenèrent près de Fougères, & finalement dans le Perche, en un lieu nommé les Arcisses, tout proche du prieuré clunisien de Nogent. Le comte du Perche lui fit bien volontiers cession des Arcisses. Mais la comtesse Béatrix, sa mère, rappela fort sagement au généreux seigneur toutes les difficultés déjà suscitées au prieuré de Nogent depuis son agrégation à Cluny. La dernière bulle pontificale à ce sujet datait de deux années à peine. N'y avait-il pas à craindre des frottements trop durs entre voisins trop proches? Mieux valait les prévenir. Le comte le sentit bien, & Bernard accepta de se fixer enfin dans la forêt solitaire de Tiron, sur les confins du diocèse de Chartres & du Mans. Hugues n'avait même pas eu le temps d'être averti de tout cela, partant n'avait pu intervenir en aucune façon. Néanmoins ce fut encore son ambition qui fut censée avoir expulsé Bernard du vallon des Arcisses. La vérité est que, à l'heure où saint Bernard de Tiron s'établissait dans le Perche, Hugues ne songeait pas à le poursuivre : il était près de quitter la terre & de retourner à Dieu.

Telles étaient les affaires difficiles qui venaient de s'entrecroiser durant six ans. Et encore nous n'avons rien dit de bien d'autres, qui avaient aussi réclamé une part des soins de notre saint. Celles-ci étaient d'ailleurs moins graves ; de plus, elles lui apportaient souvent de précieux témoignages ;

car, si quelques prélats, évêques ou abbés, voulaient voir en lui un ennemi, d'autres au contraire affirmaient par leurs aftes la confiance qu'ils mettaient en lui & en ses moines. Tel l'archevêque de Milan, qui, en i loo, fait solennellement cession d'un domaine ecclésiastique « à la sainte église de « Cluny »(i). Tel encore l'évêque de Bâie, qui se déclare « le vieil ami » de Hugues de Cluny, en lui donnant une charte pour sceller le don du monastère de Saint-Alban , situé dans le faubourg de la ville épiscopale (2). C'est encore l'archevêque Ponce de Besançon, qui fait approuver par le Souverain Pontife la donation aux Clunisiens du prieuré de Vaucluse(3). D'Espagne arrivait l'archevêque de Compostelle, Diego Gelmirez, qui venait demander conseil à l'abbé de Cluny sur la conduite à tenir pour obtenir le pallium, que le Saint-Siège lui avait jusque-là refusé. L'archevêque, reçu avec les plus grands honneurs, ainsi que toute sa suite, célébra solennellement le jour de saint Michel 1102, dans l'église abbatiale, & partit pour Rome, où l'attendait l'accueil le plus favorable (4). Un autre visiteur non moins illustre témoignait aussi de son respefl: pour le patriarche clunisien : c'était le saint évêque Arnoul de Soissons, que Cluny recevait avec honneur & admiration. Avec l'approbation de ce vénérable prélat, les témoignages d'estime qui furent les plus précieux à l'abbé de Cluny lui vinrent des deux plus

(1) Baluze, MisceîL t. VI, p. 483.

(2) Les Annales O. S, B. (lib. LXX, n. xcvii) placent cette donation en l'année 1105. C'est en effet la date que porte la charte de l'évêque Burchard, reproduite dans la Bihliotbeca Cluniac. col. 536. Mais le Buîlarium Cïuntac, p. 23, donne une bulle d'Urbain II, qui en 1095 confirme déjà en la possession de Cluny l'église de Saint-Alban de Bâle. La bulle de Pascal II (1 106) parle plus explicitement du monastère de Saint-Alban. C'est pourquoi nous disons que l'ade de Burchard en 1105 est destiné à sceller une donation qui datait déjà de quelques années.

(3) Buîl, Cluniac. p. 34. C'est à cette même date qu'il faut placer la donation du comte de Bourgogne & de Màcon, remettant à Cluny une partie de ses domaines au diocèse de Lausanne. (Annales, lib. LXXI, n. xliv.)

(4) Annal. Bened. t. V, ann. 1 102. — Cf. Jaffé, Regest. n. 4401 ; Mabillon, Œuvres posthumes f Vita Urhani II, conciL Claromont.

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