CHAPITRE XXVIII
illustres champions que l'Eglise comptât en France; nous avons nommé le grand évêque Ives de Chartres, & le célèbre abbé Geoffroy de Vendôme. Ives de Chartres venait de connaître le saint abbé en le voyant à l'œuvre dans le concile d'Autun. Il eut à cœur de continuer les relations nouées depuis trente ans entre l'Église de Chartres & l'abbaye de Cluny(i). De concert avec ses chanoines, il dressa un afte, qui nous est resté comme monument de l'estime réciproque & de l'union qui persévéraient entre l'Église de Marie & la grande abbaye de Saint-Pierre (2). Quant à l'abbé de Vendôme, il vint lui-même à Cluny. Bien loin de redouter dans le saint abbé Hugues un rival ou même un patriarche ambitieux , il venait lui demander à son tour société pour entrer dans la confraternité spirituelle de ses enfants. Hugues accueillit cette humble requête ainsi qu'elle le méritait. Sans se borner aux conditions ordinaires de cette affiliation, eu égard aux mérites & à la bonne renommée de Geoff'roy , il voulut le présenter à ses moines comme un autre lui-même. En conséquence, il décida que, si Geoffroy de Vendôme venait à Cluny en l'absence du seigneur abbé, il en prendrait la place tant au chapitre qu'au réfeftoire, & le grand-prieur lui remettrait entièrement le gouvernement du monastère. Après sa mort, Geoffroy aurait part aux prières des moines comme un abbé profès de Cluny ; on notifierait son décès aux divers monastères en la manière usitée pour les moines clunisiens, & son nom serait mentionné expressément, le jour anniversaire, avant la lefture de la sainte Règle, à l'heure de prime (3). Enfin, par-dessus tous les abbés, évêques & archevêques , le Souverain Pontife continuait à soutenir notre patriarche, dans ses travaux de régénération monastique. Diverses bulles
(1) D'Achery, Spicil, fol. t. III, p. 410:
(2) Cabinet Moreau, t. XXXVII, p. 200. — CartuL de Notre-Dame de Chartres, t. 1, P. II, p. 99, 3 janv. 1095. 11 s'agit de la fondation du prieuré dit Sainte-Madeleine du Pet it-Beaulieu,asseï florissant durant plusieurs siècles. Il dépendait de la Charité, mais Hugues de Cluny avait dû intervenir dans sa fondation.
(3) Mabillon, Anaîeâ. vet, t. III, p. 481. — Bihl, Cluniac, col. 561.
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vinrent affirmer les droits de celui-ci & la légitimité de sa conduite (i). Et, en Tannée 1106, Pascal II lui-même passait les Alpes, & arrivait à Cluny pour les fêtes de Noël. Pendant ,six semaines, Cluny devint encore une fois « la seconde « Rome » ; &, durant ce laps de temps, le Pontife souverain s'absenta seulement quelques jours, pour aller à Lyon visiter l'antique abbaye d'Ainay. A son retour, il data de Châlon un privilège qui accordait l'exemption de péage à toute personne allant à Cluny ou en revenant, dans un rayon qui s'étendait autour de Tabbaye bien au delà du ban établi jadis par le bienheureux Urbain 11(2). Cet afte de Pascal II était destiné à profiter surtout à la population de Cluny & des villages environnants.
En quittant l'abbaye, Pascal II alla consacrer la magnifique église de la Charité-sur-Loire, cette première fille de Cluny. Les quatre-vingt-trois ans qui pesaient maintenant sur le vénérable abbé l'empêchèrent sans doute de se rendre à cette cérémonie ; car son nom ne figure pas parmi ceux des prélats qui assistèrent à cette solennité, où l'on vit autour du Souverain Pontife trois cardinaux, deux archevêques, six évêques & cinq abbés (mars 1 107).
Pascal II partit en bénissant le florissant prieuré, lui laissant des privilèges analogues à ceux de Cluny, par l'établissement d'une banlieue favorisée des mêmes immunités. Avant de repasser les monts, le Pape datait d'Aiguebelle la dernière bulle que le vénérable abbé Hugues dût recevoir du Pontife romain. Dieu voulut que cette dernière parole de son Vicaire attestât « la supériorité de la discipline monas- « tique » dont Cluny avait donné le speftacle jusqu'à ce jour sous le gouvernement de notre patriarche. Le voyage du Souverain Pontife mettait réellement le sceau à l'oeuvre de toute la vie du saint abbé ; plusieurs des bulles que Pascal II venait de donner en faveur de ses monastères imprimaient à tout l'ordre clunisien une forme bien définie qu'il nous faut étudier en détail.
(i)Jaffé, Regest. n. 4510, 4568, 4571.
(2) Bull, Cluniac, p. 34.