CHAPITRE XXIX
L ORDRE CLUNISIEN
UHLLE était donc l'organisation & la position des monastères clunisiens par nipport à la grande abbaye qui leur serv:iit de centre? Si nous entreprenons d'examiner cette question & de la résoudre, ce n'est pas que nous ayons oublié ce que nous disions au début de cet ouvrage, à savoir que nous ne faisions pas l'histoire de l'ordre de Cluny au temps de saint Hugues, mais seulement l'histoire du saint abbé. N'ajoutionsnous pas que nous devrions néanmoins parler de l'ordre dans la mesure qui serait nécessaire pour faire connaître plus clairement l'âme & le caraftère de notre héros ? Or, la forme de Tordre s'est développée sous son gouvernement plus qu'au temps de tous ses prédécesseurs ensemble; il est certain que l'ordre s'est constitué surtout entre ses mains ; par suite il est indispensable de l'étudier & de le faire revivre, pour qu'on puisse à l'œuvre connaître l'ouvrier. Enfin, cette étude résumera un nombre considérable de faits qu'iljious était impossible de mentionner au cours du récit.
Le grand abbé de Cluny a-t-il donc tiré de son propre fond & conçu a priori un plan d'organisation, comme le font si
volontiers les hommes de notre temps ? Ce serait tomber dans Terreur où d'autres bien avant nous sont tombés, en voulant étudier le passé avec les préjugés du présent, & l'analyser avec le prisme d'idées inconnues aux anciens âges. Nous ferons notre possible pour éviter pareille faute, qui nous lancerait sur des voies sans issues ; nous marcherons à la lumière des faits que nous avons déjà vus se produire & passer sous nos yeux. C'est à quoi n'ont pas assez tenu, croyons-nous, ceux qui avant nous ont traité le même sujet. Si grave que soit leur autorité, quelque imposant que soit parfois leur nom, nous avons cru reconnaître que leur étude est presque toujours incomplète ou inexafte(i); nous serons obligé de nous séparer d'eux sur plus d'un point, pour tirer les conséquences qu'appelle l'examen des faits.
Avant tout, que faut-il comprendre sous le nom d' « ordre « de Cluny »? Dans son sens le plus large, & conformément à son acception première en latin, ce nom d'ordre désigne tous les monastères qui suivent une commune observance, ordo Vivendi. Historiquement, le sens est plus restreint. En effet, jamais on n'a donné pour membres de l'ordre clunisien les monastères de Saint-Denys , de Marmoutiers , de Fleury, de Saint-Paul à Rome, qui cependant reçurent tous, à des époques différentes, l'observance de Cluny. Evidemment on ne considérait alors comme membres de l'ordre que les monastères sur lesquels la grande abbaye exerçait quelque jurididion. Cette remarque met donc en dehors de notre cadre les monastères français, italiens, allemands, espagnols, ou flamands, qui vinrent chercher à Cluny une observance plus parfaite. Saint Hugues l'entendait certainement ainsi ; & les bulles pontificales relatives à la juridiftion de Cluny ne mentionnent jamais les monastères de cette ca-
(1) Voir Mabillon, Annal. O. 5. 5., lib. LXIX, n. cxxxii. — Reyncr, Âpostolattis Benedi£linorum in Anglia^ p. 152 (ouvrage devenu très rare). — Thomassin, yetus & nova Ecdesiœ disciplina, t. I, part. I, lib. III, cap. Lxviii, n. IV. — Yepez, Chroniques ^ t. IV, ann. J. C. 910, ch. vi, vu. — Pignot, Histoire de l'Ordre de Cluny, t. II, p. 313. — Cucherat, Cluny an X/* siècle, p. 27 (4* édition).