‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 26 sur 322 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

« nuit dans le temple du Seigneur, » où le chant continuel des Psaumes & une oraison persévérante Tont appelée dans son âme. Et voilà que « dès ces premiers temps elle s'y est épa- « nouie, elle s'y est développée, elle y a mûri comme une « grappe brillante avant les jours de la vendange. Jusqu'à son « dernier jour il ne cessera d'en appeler l'heureux accroisse- « ment(i); » mais il est de ceux qui atteignent tout d'un à l'état d'union avec Dieu; & avec son premier historien nous avons tenu à le constater (2). C'est là qu'il faut chercher le secret de toute la vie qui va se dérouler devant nous; vouloir le trouver ailleurs serait nous égarer.

Ce progrès spirituel se traduisait au dehors; & saint Benoît en effet n'admet pas que l'humilité puisse être assez .

vraie ni assez profonde si le corps lui-même n'en témoigne, /

en s'accordant d'une manière visible à la transformation qui s'opère dans l'âme. Les biographes de saint Hugues nous disent que dès cette époque tout son extérieur commença à respirer la paix d'une âme sainte, & que tout « annonçait le moine » chez ce descendant d'une lignée de '

barons. Ses yeux avaient pris un éclat & une transparence qui révélaient l'ardent foyer que l'amour divin avait allumé en son cœur (3). Tout le monde l'aimait à Cluny pour ses rares vertus. Aussi, lorsque le jour vint où frère Hugues de Semur présenta au seigneur abbé, siégeant en son chapitre, la pétition requise. pour être admis à la profession religieuse (4), il est fort à croire que saint Odilon ne jugea pas nécessaire de lui imposer le supplément d'épreuves plus rigoureuses qu'à l'occasion l'on exigeait des novices.

L'histoire ne nous a pas conservé la date précise de cette profession; nous savons seulement l'année : on était en 1039, & le nouveau profès avait quinze ans (5). C'était l'âge

(i) Ecdi. Li, 18, 19.

(2) Gilon : « De nibigine mundana in camino disciplinas ad purum excoâus, subito calore longum teporem plurimonim superavit. »

(3) Gilon, fol. 200 v*>.

(4) Ordo Cluniacensù, cap. xv.

(5) BibUotb. Cluniacensù, col. 448 & 1622.

où il eût été capable d'être armé chevalier. Amené au chœur pour TofiFertoire de la Messe, il lut à haute voix Taéte par lequel il se donnait tout entier à Dieu, posa cet afte, signé de sa main, sur Tautel de la basilique, & chanta par trois fois le verset du psaume que saint Benoît a choisi pour le mettre en cette circonstance sur les lèvres de ses enfants : « Rece- « vez-moi. Seigneur, selon votre parole, & je vivrai; & « daignez ne pas confondre mon espérance (i). » Chaque fois le choeur entier des moines répéta cette aspiration de rame, & le seigneur abbé compléta cette commune prière par des oraisons d'une grande beauté qui figurent encore aujourd'hui au Pontifical romain (2). Puis il bénit la couUe qui allait être donnée au nouveau profès (3) ; après quoi le choeur entonna le chant de l'offertoire; Hugues reçut alors cette coulle bénédiftine, qui était pour lui désormais l'insigne de sa profession comme de son rang dans la milice du Christ Roi. L'offrande était complète. Le seigneur abbé donna donc l'accolade à son nouveau fils, se réjouissant cette fois plus que jamais de voir son troupeau s'augmenter ainsi d'une brebis si visiblement choisie de Dieu (4) ; puis tous les frères donnèrent à leur tour l'accolade fraternelle

(1) Ps. cxviii, 116.

(2) De benedidione abbatis. — Ce sont les quatre oraisons employées au début de la fondion dans le cas où Tabbé élu ne serait pas moine, afin de lui permettre de faire profession avant d'être béni. Le cérémonial de profession des moines de la Congrégation de France a retenu ces oraisons, qui sont anciennes, & que le Pontifical a empruntées à l'antiquité monastique.

(3) A Cluny la coulle était un vêtement très ample, assez semblable aux grandes chasubles rondes selon le modèle antique. Des attaches plus ou moins nombreuses, généralement deux ou trois, reliaient la partie antérieure à la partie postérieure, de façon que le moine pouvait passer les bras au-dessus de ces attaches, & relever ainsi les côtés de la coulle qui drapait alors par devant & par derrière. L'effet était assez semblable à celui que produisent encore aujourd'hui les larges manches flottantes de la coulle telle que la portent depuis longtemps les moines français, comme ceux d'Italie, d'Espagne & d'Angleterre. Ces manches ne font que tenir la place de cette partie de l'ancienne cuculla qui était relevée au-dessus des bras & retenue au-dessous par des attaches.

(4) Reg. S. Benedidi, cap. 11.

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