‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 261 sur 322 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

courut au même but. Les rois de France comprirent bien vite que les grands abbés de Cluny, de Marmoutiers, de Saint-Viftor , de la Chaise-Dieu , étaient pour eux des auxiliaires tout préparés ; de là , entre autres causes , les liaisons qui s'établirent entre les premiers Capétiens & les abbés de Cluny, spécialement. Toutefois, il est important de noter deux points : d'abord, il n'y eut jamais entre le roi & Tabbé de Cluny aucun pafte d'aucune sorte dans un but politique. Ensuite, il ne faut nullement voir dans les aftes des abbés de Cluny, de notre saint en particulier, des projets de monarchie monastique, formulés gratuitement par tel historien moderne. Urbain II n'y songeait pas, quoi qu'on en dise, lui qui favorisait la naissance de Cîteaux, qui adressait à Marmoutiers, à la Chaise-Dieu, à Saint-Viftor, aussi bien qu'à Cluny, les moines qui avaient besoin d'un restaurateur de la discipline. Hugues de Cluny savait trop bien par expérience ce qu'il fallait de peines pour unir une seule abbaye à la sienne ; comment aurait-il pu rêver une monarchie monastique, à jamais impossible à raison même de la stabilité, qui est la première loi des enfants de saint Benoît, & les enracine dans des pays toujours distinfts, parfois ennemis ? Les trois caraftères que nous avons notés ne se manifestèrent pas tout d'un coup. Le premier, c'est à dire la restauration monastique, fut celui que Dieu voulut d'abord imprimer à Cluny. Mais le bienheureux Bernon, disciple de l'ancienne tradition, ne songea pas, pour ce faire, à constituer une congrégation au sens moderne du mot. II réunit seulement sous une crosse unique les deux abbayes de Baume & de Gigny qui lui étaient confiées. Après lui, saint Odon, fait abbé de Cluny, laissa libres de vivre à leur guise les moines de Gigny, qui refusaient de suivre l'observance naissante de la nouvelle abbaye. L'agrégation de Bernon était dès lors dissoute. Mais sa manière subsista. Saint Odon, saint Maïeul, & jusqu'à saint Odilon, continuèrent d'une part à grouper sous leur crosse plusieurs abbayes, souvent importantes, comme celles de Saint-Allyre de Clermont, de Saint-Géraud d'Aurillac, de Sain t-Pierre-le- Vif de Sens, & d'autres encore,

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que saint Odon gouverna. Sauxillanges eut successivement pour abbés tous ceux de Cluny jusqu'en 1062 ; saint Odon & le bienheureux Aymard le furent toute leur vie, saint Maïeul pendant quatre ans ; des pro-abbés y tinrent par intervalles la place des abbés de Cluny, jusqu'à la date indiquée (i). Ambierlé fut dans le même cas depuis le jour où il fut donné à saint Odon, jusqu'à la mort de saint Odilon (2). D'autre part, les grands abbés portaient, par eux-mêmes ou par leurs disciples, l'observance clunisienne à des monastères éloignés, dont ils ne retenaient pas pour cela le gouvernement. C'est ainsi que Saint-Denys, Marmoutiers, recevaient la visite des abbés de Cluny, qui relevaient l'observance dans leurs murs, & les laissaient ensuite à leur propres forces. Mais ce dernier moyen, qui était le plus antique, parut enfin trop peu efficace. Saint Maïeul, mis en demeure de relever des monastères d'importance secondaire, commença à les faire entrer complètement dans la filiation de sa propre abbaye. Cluny en effet fondait des prieurés à l'antique manière, selon la remarque de Thomassin(3). C'était une abbaye qui grandissait en s'entourant de maisons qui étaient ses dépendances, & sans songer à créer une congrégation. Ainsi faisaient les autres abbayes que nous nommions tout à l'heure. Saint-Géraud d'Aurillac possédait soixante-cinq prieurés (4). Ces abbayes étaient de grands fiefs du Saint- Siège, desquels relevaient d'autres fiefs moins importants situés sur les points les plus divers. Saint Maïeul ne trouva rien que de naturel à augmenter seulement le nombre de ces fiefs secondaires, en y enveloppant les monastères dont on voulait lui donner la direction. Si c'étaient des abbayes assez faibles par elles-mêmes, ou bien il en prenait le titre abbatial, ce qui devint de plus en plus rare, ou bien il leur donnait leur vrai nom & en faisait des prieurés. N'était-ce pas en effet ce qu'ils devenaient en mettant leur crosse dans la main

(i) GalL Christ, t. II, col. 374. — Cf. Cucherat, p. 36.

(2) Ibid, t. IV, col. 220.

(3) Loc. cit,

(4) Pignot, t. Il, p. 232.

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