‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 277 sur 322 · CHAPITRE XXX 5 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX 5 I

autres membres de la famille de Semur que possèdent Cluny & Marcigny(i)? Et Geoffroy de Mayenne, ancien évêque d'Angers, & Henri, jadis évêque de Soissons, & Drogon, naguère abbé de Saint-Maixent ? puis Henri d'Aquitaine, qui gouverne Saint-Jean d'Angély, & Ives de Saint-Qyentin , de la maison de Vermandois, qui assiste notre saint comme grand-prieur de Cluny? Que ne pouvons -nous parler de Gilduin, parent de Godefroy de Bouillon, & premier abbé de Notre-Dame de Josaphat? Que ne pouvons-nous faire connaître le vaillant Eudes Harpin , dernier vicomte de Bourges, qui gouverne la Charité-sur-Loire, en gardant encore la trace des chaînes qu'il a portées dans les prisons de Bagdad ?

A côté de ces grands noms, saluons ceux des saints qui vivent à Cluny. C'est d'abord le moine Tézelin, jadis chanoine de Liège, maintenant simple religieux dans la grande abbaye. Celui-ci est du nombre de ces saints qui sont fort avancés dans les voies spirituelles, mais que Dieu ne destine pas à attirer par leurs œuvres les regards du monde. Aucun fait extraordinaire ne vient illustrer leur vie ; mais qui peut dire tout le bien qu'ils font autour d'eux, & combien de grâces ils obtiennent de Dieu pour les hommes qui les ignorent?

A côté de Tézelin, voici un modeste frère convers qui garde les pourceaux du monastère. C'est un Allemand ; il a demandé cet emploi comme une faveur. Les religieux comprennent que sa sainteté a droit à toute leur estime. Cependant c'est seulement après sa mort qu'ils apprennent tout : rhumble frère porcher était Herman de Zsehringen, marquis de Bade, tige de la maison seigneuriale de ce pays, sur lequel aujourd'hui encore elle règne.

Voici maintenant Girard, que Pierre le Vénérable nous présente comme l'image fidèle en beaucoup de points du saint abbé qui l'eut pour disciple (2). Ce qui le distingue,

(1) Un arrière-neveu de saint Hugues mourut en 1163 abbé de Saint^ Germain-des-Prés .

(2) De miracuîis, lib. I, cap. viii.

c'est la simplicité charmante de son Ame ; c'est son obéissance, si joyeuse & si prompte, que l'on peut toujours lui demander ce que l'on n'ose réclamer d'aucun autre. C'est surtout son profond sentiment de la prière liturgique & son ardent amour pour ta sainte Eucharistie. La peinture que Pierre le Vénérable nous fait de Girard lorsqu'il offrait le saint Sacrifice, rappelle de bien près saint Philippe Néri. Ce saint

e le Vénérable raconte des faits survenus i Cluny au temps de saint Hugues.

moine aurait droit à une biographie détaiilée, s'il nous était loisible de nous laisser aller au charme qu'il exerce à sept cents ans de distance(i).

(i) 11 y a lieu de noter ici que ce Girard est distiniï de Girard le Vert, en dépit de ce que disent les bénédiflins de Marcigny au xvui" siècle (ap. Cucherat, Cluny au XI" siècle, 4' éd., p. 265). Pierre le Vénérable dit que notre Girard était du petit nombre des<enfants élevés a Cluny qui n'étaient pas destinés d'abord à y faire profession. Il rentra donc dans le siècle, ses études terminées. Mais, ajoute Pierre le Vénérable, « toto pêne adolescentùe tempore decurso, a jam dido beato pâtre Hugone in monachum susceptus est. » Ainsi c'était encore un adolescent. Or Girard le Vert fut marié ; car le catalogue des dames de Marcigny (ibidem) note à l'année 1077 l'entrée de A Froë Ruftne, femme de Girard Leverd.'» Il y a donc lieu de distinguer ici deux moines du. même nom.

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