‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 28 sur 322 · MORT DE SAINT ODILON · texte numérisé non relu

MORT DE SAINT ODILON

lENTOT d'autres faveurs vinrent chercher le jeune moine pour l'unir de plus en plus à son Dieu. Dès longtemps la vie monastique avait été considérée comme une préparation puissamment efficace aux Ordres sacrés; aussi en des circonstances particulières, lorsque des catastrophes soudaines n'avaient pas permis de former à loisir les ministres dont certaines églises ressentaient le besoin, le Pontife Romain avait . eu recours aux monastères. C'étaient des pépinières où l'âme était assez préparée pour entrer sans transition dans le Sanauaire(i). Au XI® siècle la discipline antique conservait presque toute sa force dans le champ de la Liturgie ; au XII* siècle encore nous voyons que le sousdiaconat n'était pas considéré comme un ordre majeur, & que dès quatorze ans Ton pouvait recevoir cet ordre (2). Au XV* siècle il en était toujours à peu près de même à Cluny, & dès seize ans, un moine clunisien pouvait, sous certaines réserves de droit, être ordonné sous-diacre. C'est ce que prouve une rubrique du missel de Cluny de 1523, se

(i) s. Gelasii, Epist. ad Episc. Lucaniœ, cap. ii.

(2) Hug. a S. Viâore, De Sacramentis, lib. II. p. m, cap. ii.

référant à un privilège authentique du pape Jean XXIII (i). Il n'est donc pas douteux que dès Tannée qui suivit sa profession, frère Hugues de Semur reçut Tordre du sousdiàconat. Le privilège de Jean XXIII accorde aussi aux novices de Cluny le pouvoir d'être ordonnés diacres à dix-huit ans, & prêtres à vingt ans. Il est par suite évident que les moines profès jouissaient de ce même pouvoir dès avant ce Pape. Cela est pleinement d'accord avec ce que Thistoire nous apprendra du saint qui nous occupe, puisqu'à vingt ans il remplira une fonftion qui supposait l'ordination sacerdotale, aux termes de VOrdo de Cluny (2). C'est donc un laps de cinq années, durant lesquelles frère Hugues s'approche toujours plus « de l'autel & du Dieu qui fait le « bonheur de sa jeunesse (3). » Par l'imposition des mains le Saint Esprit put prendre en son âme une force que nul effort & nulle vertu n'eussent pu lui donner. Selon la com- ^paraison de saint Denys(4), le feu en répandant sa chaleur, le soleil en dardant ses rayons, produisent des effets d'autant plus grands que cette chaleur & ces rayons rencontrent des milieux plus limpides & plus dégagés d'obstacles. Or la vie religieuse n'est-elle pas une école où l'âme apprend à se purifier? Il nous est donc facile de* comprendre avec quelle puissance l'Esprit Saint, qui est feu & charité, illumina jusque dans ses profondeurs l'âme du frère Hugues de Semur, clarifiée par la vie du cloître & toute blanche du baptême de la profession monastique.

L'œil d'un maître tel que saint Odilon ne pouvait s'y méprendre. Pendant cinq ans il considéra ce progrès de ja grâce, & l'aida de tout son pouvoir. Vint enfin le jour où la basilique de Cluny, qui avait vu déjà tant de grandes choses

(i) Au calendrier, fol. signé a ini : Noverint Novitii Ord. Cluniac. quod postquam etatem decimisexti ad subdiaconatus, decimioctavi ad diaconatus, vigesimi anni ad presbyteratus ordinem, compleverint, promoveri possunt, dummodo ad minus sint professi tacite.

(2) Cap. Il : « Ducit secum très fratres, ex quibus unus est super... vestimentum sacerdotale, cum quo sit argenteus calix. »

(3) Ps. XLII, 4.

(4) Hier, cœL cap. xni, § m.

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