‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 283 sur 322 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

voir agi souvent avec trop de négligence à leur égard ; & je crains que ces mécomptes ne soient pour moi un obstacle à la récompense éternelle, une barrière peut-être dans le chemin de la gloire céleste. En tout cela, que la miséricorde de Dieu nous soit en aide. Vous prierez pour soulager mon âme ; & puisse Dieu vous récompenser par les joies de Téternité, vous & tous les chrétiens qui feront de même. C'est sous une charge aussi lourde que j'ai passé soixante ans & plus, soutenu certainement par vos prières. Si quelquefois j'ai souffert de la maladie ou de quelque autre ennui, vos prières sont aussitôt venues à mon secours. Enfin je ne puis dire combien vous vous êtes montrés envers moi dévoués , charitables, & vraiment obéissants. Aussi, avec la grâce de Dieu, tout mon souci a été de vous chérir; je me suis conduit doucement avec vous ; & mon cœur vous a tous embrassés comme fils bien-aimés. Que Dieu me pardonne, si j'ai ainsi excédé dans la voie de l'indulgence.

« Vous le voyez donc, mes enfants : c'est pour vous tous autant que pour moi que j'ai vécu & combattu sans cesse. Or me voici proche de mon dernier jour. Quand ma dernière heure sonnera-t-elle ? je ne sais ; mais j'ai voulu d'avance prendre une disposition que voici. J'ai désigné le petit moutier de Berzé pour qu'au jour anniversaire de ma mort , on donne largement sur ses revenus tout ce qui sera nécessaire au repas des frères, tant au réfectoire qu'à l'infirmerie, afin de les remercier d'avoir bien voulu se souvenir d'un pauvre pécheur. Ce moutier était bien pauvre, & presque ruiné; nous l'avons confié à notre fils Séguin pour le relever. Avec Taide de frère Foucher, que nous avions consenti à lui adjoindre, il a rebâti la maison, acquis quelques vignes & quelques terres. Bientôt il sera reconstruit tout à fait & remis en un état prospère ; alors notre chambrier en pourra tirer quelques bonnes choses (i). Nous voulons donc qu'au jour de

(i) Les intentions du saint abbé sur Berzé remontaient à plusieurs années, au moins à neuf ans. Car une charte de la Colledion Moreau (t. XXXIX, p. 231), datée de Tan 1 100, dit expressément que déjà il avait désigné cette obédience pour fournir aux dépenses de son anniversaire.

notre anniversaire, celui qui administrera ce moutier fournisse entièrement au repas des frères. Nous avons établi la même chose pour l'anniversaire du frère Pierre, qui a beaucoup travaillé au bien de cette maison. Mais aussi nous prions ceux qui nous suivront de ne pas aller demander trop souvent Thospitalité à Berzé, ni d'en réclamer trop exactement les redevances habituelles, afin de ne pas ruiner cette pauvre petite celle. Car ne dit-on pas familièrement : à courtes forces petit mal suffit? Mais si l'abondance y règne assez pour que le doyen puisse faire davantage, qu'il ne se refuse pas à remplir les devoirs de la charité.

« Nous avions jadis établi que l'obédience de Saint-Hippolyte fournirait le repas des frères à la fête de la Chaire de saint Pierre, jour de notre consécration (i), durant notre vie; & au jour de notre anniversaire, après notre mort. Mais puisque nous venons de prendre une autre disposition, nous voulons que Saint-Hippolyte continue de fournir à la fête de la Chaire de saint Pierre seulement.

« Puisse la divine miséricorde visiter & protéger le seigneur abbé qui me succédera, lui & son troupeau. Je le supplie humblement en Dieu , & pour Dieu , de soutenir & garder les servantes du Seigneur qui ont dépouillé les pompes du monde, & se sont réunies à Marcigny pour chanter les louanges divines. Puisse-t-il mettre toute sa charité à veiller sur ce monastère. Bien qu'avant nous la vie qu'on y mène eût été inconnue, nous avons vu combien le petit troupeau des premières arrivées s'est accru dans ses murs, combien nombreuses ont été celles qui ont reçu de nous l'habit de la sainte religion, comment nous avons pu élever les bâtiments conventuels. Quiconque leur sera secourable , puisse le Seigneur lui être secourable en retour, dans ce monde & dans l'autre.

« Je prie & supplie encore le seigneur abbé qui me succédera, par Dieu Notre-Seigneur, de vous traiter, vous tous

(i) Ce terme est aujourd'hui réservé aux évéques, qui reçoivent une véritable consécration ; les abbés reçoivent seulement la bénèdiâwn.

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