‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 285 sur 322 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

« ront plus comme autrefois compter sur nous, ni nous ap- « peler vers elles. Autant quil a été en moi, j'ai toujours eu « à leur égard une sollicitude & une bienveillance paternelles. « Mais voici que, selon la parole du prophète, elles vont se « voir enlever leur père & devenir orphelines , si vous , mes « seigneurs à qui je m'adresse, ne voulez pour l'amour de « Dieu remplacer auprès d'elles le père qu'elles auront perdu. « Qui que vous soyez donc , je vous confie cette charge , je « fais appel à votre miséricorde, pour faire en faveur de Mar- « cigny ce que je ferais si j'étais encore là. » Puis le saint abbé rappelait quelques-unes des règles, quelques-uns des principes, sur lesquels il avait fondé ce monastère, & insistait sur l'exaftitude avec laquelle ces principes & ces règles devraient être appliqués. Cette pièce était donc autre chose qu'un simple appel adressé au cœur des abbés qui tiendraient plus tard la crosse de Cluny. Ces dernières volontés devaient avoir force de loi. Aussi le père prévoyant voulut-il en soumettre l'afte à l'approbation du chapitre de Cluny.

Dans tout cela, pas un mot qui trahisse le moindre souci de ce que d'autres auraient pu appeler leur gloire. Et pourtant ceux-là auraient-ils pu dire avec autant de vérité que leur nom avait été cher à toute la chrétienté autant que respedé des rois? Auraient-ils pu dire que les Pontifes les plus saints & les plus illustres les avaient eus pour conseils & pour amis? Auraient-ils pu dire que, sur le siège de saint Pierre, leurs enfants s'étaient plus d'une fois assis? Pour Hugues de Cluny tout cela était la vérité ; on pouvait sans exagération lui appliquer la parole du psaume : « Son « ombre a couvert les montagnes , & ses rejetons ont abrité « les cèdres de Dieu(i). » Cependant il n'y songe même pas, à cette heure. Dieu & ses enfants : il n'a plus d'autres pensées. Tel il a vécu, tel il approche de la mort, avec la grandeur & la simplicité des patriarches.

(l) Ps. LXXIX, II.

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