‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 299 sur 322 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

le droit de canoniser ; or, Télévation des reliques étant la forme antique de la canonisation, les moines ne se crurent pas autorisés à agir de leur propre autorité dans ce cas. Muni de la permission du Souverain Pontife, Tabbé Roland de Hainaut fit faire d'abord une châsse destinée à recevoir les reliques de saint Hugues. Bouché nous en donne la description, copiée sur les inventaires de Tabbaye, mais malheureusement avec le style plat & Tabsence totale de goût qui le caraftérisent. D'après lui, cette châsse était d'argent doré, longue « de deux aunes sur une de hauteur, avec des « pommeaux, des niches, & plusieurs figures de saints, & «des pierres précieuses dans les quatre coins (i). » Et c'est tout. En suppléant au silence du compilateur à l'aide des données que nous suggère l'examen des œuvres du même temps, nous pouvons nous figurer à peu près la grande châsse de saint Hugues. Elle devait affefter la forme d'un sarcophage en vermeil dont la partie supérieure formait toit à double pente, couronné d'une crête à jour & surmonté de « pommeaux » en nombre plus ou moins grand. Les faces latérales de la châsse & les façades des deux pignons étaient ornées par les « niches » ou arcatures, où se trouvaient « plusieurs figures de saints ». Ces figurines devaient être de grandes dimensions, étant donné la hauteur de la châsse. Imaginons enfin les inscriptions qui devaient courir sur les plinthes , les émaux qui formaient bandeau à la naissance du toit, & faisaient place aux « pierres précieuses dans « les quatre coins », c'est à dire aux angles du reliquaire. Couvrons enfin par la pensée les pentes du toit d'émaux ou de sujets en demi-relief encadrés dans des caissons ; & nous aurons une idée approximative de cette merveille d'orfèvrerie, dont les grandes proportions dépassent de beaucoup tout ce qui nous est resté en ce genre après les pillages des huguenots & de la Révolution. Le 13 mai, le tombeau de saint Hugues fut ouvert. L'on put constater que le chef du saint était dans un état remarquable de conservation. La mâchoire infé-

(i) Description, I" part., p. 135.

rieure était encore recouverte de chair, & portait sa barbe. La crosse du bienheureux abbé fut extraite & mise au trésor de Cluny. Puis le saint corps fut transféré dans la châsse nouvelle, que Ton déposa solennellement à Tautel majeur. Cette cérémonie donna naissance à la fête 'de la Translation de saint Hugues, qui se célébra désormais le 13 mai(i). Le livre du chapitre de Cluny la mentionne à cette date à la fih du siècle (2).

Ce fut à cette place d'honneur que saint Hugues reçut vingt-cinq ans plus tard les hommages des plus hautes puissances de ce monde. En 1245, '^ ]^^^ ^^ '^ ^^te de saint André, le Pape Innocent IV célébra la messe à Tautel majeur de la grande basilique ; autour de lui douze cardinaux, deux patriarches, trois archevêques & nombre d'évêques ; enfin, le plus glorieux des rois de France, saint Louis, suivi de l'empereur latin de Constantinople , de la reine de France, du comte d'Artois, frère du roi, & de sa sœur, des princes héritiers de Castille & d'Aragon , sans compter une suite nombreuse de puissants seigneurs. Aucune grandeur ne manquait à cette incomparable réunion, qui forma pour quelques jours la cour de saint Hugues le Grand.

Au XIV* siècle nous commençons à trouver d'une manière précise le détail de l'office liturgique pour les deux fêtes du saint abbé. Les missels de Cluny du XIV* au XVI* siècle s'accordent à nous donner les mêmes pièces (3); & d'ailleurs nous sommes convaincu que c'étaient, à peu de chose près , les textes mêmes fixés par le XII* siècle pour la messe de saint Hugues. Nous en devons dire autant de ceux

(1) Peut-être fut-ce à cette date que l'on réserva des fragments de reliques de saint Hugues pour être placés dans d'autres reliquaires où on les vénérait plus tard. Roland de Hainaut, qui gouverna Cluny durant huit ans, fut aussi l'architeéle du grand narthex qui forma une première église longue de cent-dix pieds en avant de la basilique de saint Hugues. Ce rapprochement mérite d'être fait.

(2) Biblioth. Nat., fonds latin, n. 10938, fol° 9-14-

(3) Fonds latin, n. 874 & 88i(xiv« & xv« siècles). Le missel de 1523 appartient à notre bibliothèque.

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