CHAPITRE XXXII
qu'indiquent pour le XV« siècle un sommaire du bréviaire clunisien(i) & une addition au livre du .chapitre {2) . Ce fut aussi avant la fin du XIV* siècle que notre saint jouit à Cluny de la plus haute des prérogatives ; la grande basilique posséda en effet un autel qui fut appelé « Tautel des Quatre « abbés », parce qu'il était dédié à saint Odon, à saint Maïeul, à saint Odilon & à saint Hugues.
Mais ce même siècle ne s'acheva pas non plus sans avoir vu s'accomplir un événement qui doit trouver place dans l'histoire que nous écrivons. En 1381 , la grande châsse fut ouverte ; l'abbé Jacques I" de Cosan en extrayait le chef & un bras du saint. Le chef, toujours aussi bien conservé, fut placé dans un reliquaire que nous devons décrire sommairement. C'était une statue de saint Hugues lui-même , en argent doré, avec la crosse & une mitre enrichie de pierreries. La main gauche tenait une châsse en forme d'église, dans laquelle le chef de notre saint fut déposé. Quelle était la dimension de cette statue? Puisque la petite église était capable de contenir un chef entier, la statue devait être de grandeur naturelle (3). De plus, elle reposait sur un socle orné d'arcatures, sous lesquelles se trouvaient des statuettes également dorées. Quant au bras extrait de la châsse par Jacques de Cosan, il fut apporté par lui-même à Marcigny, le 10 juin 1381 , fête de la sainte Trinité. En mémoire de quoi, le seigneur abbé ordonna que les moines & les moniales du prieuré célébreraient annuellement à pareil jour la fête de l'Exception de saint Hugues (4).
La grande châsse fut de nouveau ouverte en 1399 par l'abbé Jean II de Cosan. On constata que le corps s'y trouvait
(i) Fonds latin, n. 17338.
(2) Fol'' I .
(3) De plus elle devait correspondre à celles de saint Benoît, de saint Maïeul & de saint Odilon. Or cette dernière était supportée par quatre figures d'anges, & le groupe entier reposait sur un socle d'argent « de trois « pieds c#"rés » (Phil. Bouché, loc, cit,), supporté lui-même par quatre lions.
(4) Cucherat, Cluny au XI^ stick, 4* éd., p. 271.
toujours entier, à la réserve des reliques précédemment extraites, & notamment du chef « placé dans la nouvelle statue « de vermeil ( I ). » Peut-être faut-il croire qu'on enleva en cette occasion quelques nouveaux ossements de la châsse principale ; car, au X VI^ siècle, il y avait à Cluny une autre statue de saint Hugues, aussi en vermeil & ornée de pierreries; le saint « tenait dans sa main des pièces de ses os , » dit Philibert Bouché (2). Quoi qu'il en soit, au commencement du XVI® siècle, sous Tabbé Jacques d'Amboise (1485-15 10), le corps de notre saint était toujours vénéré à Tautel majeur (5). Ce nom de Jacques d'Amboise résonne comme un glas funèbre dans l'histoire de Cluny. C'était le premier abbé imposé par la royale volonté de Louis XII. L'oeuvre de saint Hugues & de ses prédécesseurs fut dès ce moment frappée à mort, puisqu'elle avait été fondée sur le principe de la libre élection de Tabbé par les moines. La commende suivit de près la première nomination royale. Bientôt les guerres de religion fondirent à leur tour sur Cluny. Après avoir échappé par l'exil au sac de la basilique par les huguenots, en 1 562 (4), les reliques de saint Hugues durent encore une fois être déplacées douze ans plus tard. En 1574, tout le trésor fut transporté au château de Lourdon. Hélas I c'était la dernière étape du saint corps. La trahison livra la place aux huguenots du duc d'Alençon, qui s'y maintinrent une année entière (5). Les objets d'or & d'argent, dont ils finirent par découvrir le
(1) « In imagine beati Hugonis de novo fafla, » Ce sont ces derniers mots qui nous ont pennis de fixer la date à laquelle fut exécutée cette merveilleuse statue. (Biblioth. Nat., ms. 942, fonds latin, fol. 109.)
(2) Loc, cit.
(3) Chronicon Cluniac.
(4) Le trésor avait pu être alors mis en sûreté, soit dans le château de Lourdon, qui servait de forteresse à l'abbaye, soit à Auxonne, place fortifiée.
(5) Les documents copiés par Ph. Bouché donnent l'inventaire des reliques « dans l'état qu'elles étaient avant le pillage de l'abbaye par Puisaye. » Or, Puisaye ne commandait pas les pillards de i^62\9tn3Às ce fut lui qui réussit à surprendre Lourdon en 1574. L'inscription placée audessus de la porte de la sacristie de Cluny disait : « Thésaurus reliquîarum