PRÉFACE VII
ftu^ ^ts^ /f pinceau vigoureux & sûr qui traçait naguère l'esquisse de Cluny au XI« siècle, Gr qui eût donné à la vie de notre grand abbé un lustre particulier (i).
Puisqu'un moine tient la plume, on ne doit pas apparemment attendre qu'il déguise sa qualité. Notre livre doit donc être une œuvre
monastique. Dès lors, nous devons dépeindre cette vie dans toute son ampleur surnaturelle, sans consentir à la rabaisser ni rapetisser, par des concessions aux préjugés naturalistes aujourd'hui répandus partout. D'ailleurs, l'historien, quel qu'il fût, qui entreprendrait de dépouiller les saints de ce cara&ère principal, serait-il un historien fidèle ? Pourrait-on se flatter d'être vrai en peignant les hommes du moyen-âge, plus encore les monastères, sans montrer la vie surnaturelle qui coulait en eux à pleins bords ? Ce serait peindre un squelette pour représenter un homme ; ce serait fausser l'histoire, &• se mettre dans l'impossibilité d'expliquer bien des faits autrement que par des conjectures plus ou moins gratuites; car le grand moteur de la vie était alors la foi, si étrange que cela puisse paraître à nos contemporains. Mais nous entendons ce que l'on nous objeâle : c'est précisément, nous répond-on, pour rester dans le vrai que nous dégageons les faits historiques des superfétations dont un esprit superstitieux les a surchargés. C'est l'école franchement naturaliste qui parle ainsi. Eh bien/ voyons ce qu'elle a fait dans le cas particulier de saint Hugues ; le sens commun se chargera de dire ce qu'il en faut penser.
yoici, par exemple, un professeur de l'école de Berlin, le doâleur Lehman, qui écrit sur la vie de notre saint une étude bibliographique très sérieuse, fort étudiée, dans laquelle enfin il ne s'est trompé que faute d'avoir en niains un document non encore publié {2). Mais il se heurte à une vision : un prêtre vénérable, en offrant le saint Sacrifice , voit dans le calice l'image d'un petit enfant rayonnant de lumière. Que pensera de cela le savant doâleur ? Ne croyons
(1) Climy au onpènu siècU, par M. l'abbé Cuch«rat. Autun, 1885, quatrième édition.
(3) ForscbungiH ^ur GescbicbU des ahin Hugo I von Clu^y (Goettingen, 1869).