‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 303 sur 322 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

sembla vouloir protester contre tout ce qui se faisait dans ses murs & autour d'elle : il fallut réparer à la hâte le grand clocher qui commençait à s'affaisser.

Survinrent les jours de la Révolution ; « le ver rongea ce « qu'avait épargné la sauterelle (i). » Du peu que Cluny possédait encore des reliques de son patriarche, il ne resta plus rien. L'unique ossement retrouvé par Claude de Guise disparut à son tour. Comment? On l'ignore. Un habitant de Cluny réussit pourtant à sauver le bâton pastoral de saint Hugues. La grande basilique à son tour succomba. De 1793 à 18 10 les ruines s'accumulèrent; en dépit des efforts & des sacrifices de la ville de Cluny, l'œuvre de saint Hugues fut démolie pièce à pièce, & Dieu sait au prix de quels labeurs , tant elle était solide ! Le grand abbé avait toute sa vie lutté pour arracher les biens de l'Eglise aux mains des laïques : l'église élevée par lui fut vendue, vendue à des marchands vulgaires, qui revendirent à leur tour ces pierres, consacrées avec l'huile sainte, de la main d'un Pape !

Heureusement, à Marcigny le désastre ne fut pas aussi complet qu'à Cluny. Lorsque la Révolution vint imposer aux religieux une liberté dont ils ne voulaient pas & briser une première fois la clôture des monastères, les filles de saint Hugues n'oublièrent pas leurs reliques. Le district se contenta des reliquaires; & l'une des moniales, madame de la Valade, prit avec elle l'os du bras du patriarche. Les deux anneaux tentèrent peut-être les gens du distrift autant que les châsses; car on ne les retrouve plus aujourd'hui, tandis que les autres objets mentionnés par dom -Pouget sont encore conservés.

Lorsque le culte catholique fut de nouveau possible en France, la crosse de saint Hugues fut remise à l'Hôtel-Dieu de Cluny par celui qui l'avait sauvée du naufrage. La volute, malheureusement, ne fut pas rendue en même temps; l'intention du généreux habitant de Cluny était bien de faire plus tard cette restitution; mais cette portion du bâton

(i)Joel. I, 4.

pastoral était plus précieuse que le reste ; & ce fut peut-être ce qui fit son malheur; on ne Ta plus revue (i). La hampe est encore aujourd'hui vénérée à THôtel-Dieu.

Quant aux reliques de Marcigny, elles furent reconnues à la même époque par des témoins dignes de foi. C'étaient messieurs Sarret, Riambourg & Bonnardel. Le premier avait été dans ses jeunes années enfant de chœur au prieuré. 11 était devenu curé de Saint-Christophe. M. Bonnardel était né à Marcigny, & il était devenu curé de Semur, où il fonda le petit séminaire diocésain, qui fut placé sous le patronage de saint Hugues. Enfin M. Riambourg était curé de Marcigny. Tous trois furent chargés de reconnaître les reliques , & autorisés, malheureusement, à les partager entre leurs églises respeftives. Procès-verbal de cette opération fut rédigé en triple expédition. La relique historique du bras fut divisée en trois portions, dont deux allèrent enrichir Semur & Saint-Christophe aux dépens de Marcigny. L'étoffe brune, qui provenait de la couUe de saint Hugues, eut le même sort, ainsi que les divers linges signalés par le procès-verbal de 17 14. Ce que Marcigny conserva fut placé dans des châsses de bois, aussi convenables qu'il fut possible de se les procurer alors ; elles devaient durer quatre-vingts ans.

Mais, durant ce long intervalle, le grand abbé de Cluny voyait des fils lui renaître en France. La chaîne de ses successeurs était renouée par la main des Pontifes romains , dont la voix toute-puissante faisait revivre ainsi , renouvelés & rajeunis , les ossements desséchés des anciens corps monastiques de notre pays. Le Seigneur, il est vrai, n'avait pas voulu rallumer à Cluny même « le flambeau qu'il en avait « enlevé (2). » Mais dom Prosper Guéranger n'en succédait pas moins réellement au saint abbé dont il retraçait plus

(i) On croit aujourd'hui à Cluny que cette volute était d'ivoire, mais sans pouvoir donner rien à l'appui de cette opinion. Bouché (I^ partie, p. 135) dit positivement qu'elle était d'argent, & il y a lieu de croire qu'il dit vrai sur ce point ; car il note bien que la hampe était en bois orné de lames d'argent, ce que l'on peut constater encore aujourd'hui.

(2) Apocal. II, 5.

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