‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 304 sur 322 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

d'un trait. Sans doute, les temps étaient changés ; Néhémie habitait parmi les ruines; mais il gouvernait légitimement les fils de Salomon. Le culte de saint Hugues refleurit à Solesmes. Dom Guéranger refusa de se faire solidaire du désaveu infligé par le XVI^ siècle à Tantiquité clunisienne ; & il alla demander à Pierre le Vénérable, à Hildebert, aux disciples immédiats du patriarche, le texte des éloges particuliers qu'il lui était permis de mêler aux formules de l'antiquité romaine. C'était en 1851. Depuis deux ans, Solesmes possédait quelques reliques de saint Hugues. Elles avaient été extraites des anciennes châsses de Marcigny, le 28 avril 1849, en vertu d'une autorisation donnée par S, G. Mgr du Trousset d'Héricour, évêque d'Autun(i); elles consistaient en un fragment de l'os du bras avec un morceau de TétolTe de la coulle. Mais le grand abbé avait voulu, en entrant à Solesmes, affirmer qu'il reprenait possession de son héritage. Celui qui l'y introduisit fut précisément un fils du pays éduen, que le monde savant écoutait déjà, le R. P. dom Jean- Baptiste Pitra, aujourd'hui cardinal. Par les souvenirs de son enfance, l'illustre moine se rattachait au prieuré de Marcigny; c'était à Semur même qu'il avait obtenu la concession de ces reliques. Solesmes les reçut de ses mains avec une joie toute filiale. Saint Hugues ne trouvait là rien qui rappelât les splendeurs dont ses ossements sacrés avaient été jadis entourés ; mais il y trouvait certainement les hommages de véritables fils. Plus d'un signe fit comprendre qu'il agréait ce culte ; & lorsque Dieu voulut que dom Guéranger entrât à son tour dans la lignée des patriarches en devenant le père d'une double postérité, saint Hugues eut en cela une influence décisive, qu'il ne nous appartient pas de faire connaître encore.

Cette résurreftion du saint abbé semble avoir été le signal d'une restauration de son culte. Sept ans après l'ouverture des châsses de Marcigny, celles de Semur fournissaient quelques reliques à la cathédrale d'Autun(2). Deux ans

(1) Procès-verbal signé & scellé à Autun le 19 mai 1849.

(2) Procès-verbal du 2 septembre 1856, p. 409 du registre.

plus tard , elles étaient visitées à nouveau par Mgr l'évêque d'Autun(i), qui constatait la conservation des reliques attribuées à cette paroisse natale de saint Hugues dans les premières années du siècle. De ce nombre est la serviette marquée du nom de Hugues, ainsi qu'il a été dit plus haut. Mais nous devons avouer que ce n'est point la relique la plus authentique à nos yeux. Nous croyons même qu'il s'agit là d'un des napperons en toile d'Angleterre donnés à Cluny , à la fin du XII* siècle , par l'abbé Hugues V , alors abbé de Reading(2).

En 1 88 1 , de nouvelles châsses en bronze doré reçurent les reliques de Marcigny. Mais, avant de les y déposer, M. l'arcTiiprêtre, agissant d'après le consentement de S. G. Mgr Perraud , évêque d'Autun , détacha de l'os du bras un fragment très important, qui fut remis à M. l'archiprêtre de Paray-le-Monial. Trois ans plus tard, dans l'antique église bénédiftine de Paray, s'élevait un autel, orné d'une statue de saint Hugues portant la crosse & la mitre ; &, dans le piédestal de cette statue, fut enchâssée la relique dont nous venons de parler. Ce fut le i«^ novembre 1884, aux vêpres de la Toussaint, que la sainte image fut bénie; une foule empressée vint rendre au grand abbé de Cluny des hommages interrompus depuis le jour où, dans la grande basilique clunisienne, l'autel « des Quatre abbés » était tombé sous les coups de la Révolution. C'était dans un sanftuaire donné jadis à Cluny par sa propre famille que saint Hugues voyait

(i) Id., 14 février 1858.

(2) Le Cbronicon Cluniacense, rédigé sur des documents & des inventaires, au xv« siècle, dit de cet abbé : « Dum esset abbas Radingensis, ter vestivit totum refeélorium de preciosis mappis Anglia & tersoriis, & etiam manutergia ad mandatum dédit. Et alia multa bénéficia nobis contulit, &c. » {Bibliotb. Cîuniac. col. 1663.) Cette serviette tissée avec art ne répond-elle pas à ces « mappae pretiosae » ? Pour nous, la réponse n'est pas douteuse. En outre, il faut observer encore une fois qu'au temps de saint Hugues toute attribution particulière était strictement proscrite de Cluny ; le seigneur abbé n'était pas excepté de cette loi fondamentale, on Ta vu. Par suite le nom inscrit dans h tissu même du linge en question ne peut être le nom de celui qui s'en serait servi au xi« siècle.

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