‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 307 sur 322 · IZ · texte numérisé non relu

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Nous savons qu'il s'y trouvait en même temps plusieurs homonymes. Nous sommes en mesure de montrer, au prieuré clunisien de Longpont, un moine appelé Gilon, qui fut certainement, dans l'ordre, contemporain du futur cardinal Gilon(i). D'ailleurs le moine de Longpont, qui jouissait là d'une certaine considération, était assez âgé pour avoir trois neveux moines du même prieuré. Ce pourrait être notre auteur, qui, rappelé de Longpont à Cluny, fut ensuite envoyé à Rome vers 1 1 lo ou 1 1 12, maïs en revint peu après sur ses instances, dont l'expression est inscrite dans répître dédicatoire que nous reproduisons. Ce serait après ce retour qu'il aurait écrit la lettre que donne le Spicilège.

Cette opinion ne nous parait présenter aucune invraisemblance ; & elle s'accorde avec les documents que nous venons de comparer ; elle s'accorde aussi avec la couleur générale de la Vie de saint Hugues, où l'on remarque souvent le ton Se la précision d'un témoin oculaire, d'un moine qui a eu tout le loisir de connaître le saint abbé, de gagner enfin la confiance de ses confrères. Or le cardinal Gilon n'est venu à Cluny que cinq ou six ans avant la mort du saint abbé.

Examinons maintenant le manuscrit d'après lequel nous donnons la yit de saint Hugues»

A la Bibliothèque Nationale ce manuscrit fait partie du fonds Saint- Germain & porte le n° 12607. C'est un volume petit in-folio, dont la reliure est toute moderne ; elle porte le chiffre de Louis-Philippe, & pour titre : yitœ Sanéiorum, L'écriture est de la seconde moitié du douzième siècle, tout entière de la même main , & bien formée. Le manuscrit est écrit à longues lignes, vingt-huit à la page. Au folio 224 v° se trouve le catalogue des Vies des saints contenues dans le volume, & ce catalogue est de la même main que tout le reste. C'est lui qui va nous dire où le manuscrit a été exécuté. En effet tous les saints dont il donne les noms ramènent notre pensée vers les pays situés au nord de la Seine & de la Marne. Ainsi saint Eloi, évêque de Noyon ; sainte Bathilde & sainte Bertille, qui rappellent leur abbaye de Chelles ; saint Paschase Radbert, abbé de Corbie; saint Géraud, fondateur de la Grande-Sauve, mais auparavant moine & abbé de Saint-Médard de Soissons ; saint Thomas de Cantorbéry, si honoré dans tout le nord de la France ; surtout les trois martyrs amiénois Fuscien, Gentien & Vidoric. Le nom de saint Nicolas ne saurait donner une autre diredion à nos recherches, tant le grand thaumaturge était partout populaire & honoré. Mais il y a une catégorie de récits qui est une source d'informations plus précises quant à l'objet qui nous occupe ; ce sont les inventions & les translations de reliques, parce que ce sont

(i) CartuJaire de Longpont^ p. 196 & 235, ann. 1100.

là le plus souvent des faits dont la mémoire n'intéresse qu'une portion restreinte & déterminée du peuple chrétien. Notre manuscrit nous en fournit quelques-unes qui sont : les translations de saint Gentien, martyr; de saint Nicolas, évéque; de saint Précordius, confesseur; & l'invention des trois saints Fuscien, Gentien, & Viftoric. La part principale donnée à ces trois saints dans ce manuscrit, où ils reparaissent deux & trois fois, nous amène à fixer de plus en plus notre regard sur le diocèse d'Amiens, leur culte n'étant pas très répandu hors de la Picardie. Mais remarquons surtout les translations de saint Gentien & de saint Précordius. Toutes les deux ont amené à Tabbaye de Corbie les corps de ces saints, qui y sont demeurés jusqu'à la Révolution (i). Toutes les deux, mais surtout la première, furent accomplies dans des circonstances dont Corbie pouvait seule désirer perpétuer le souvenir. C'est pourquoi nous nous croyons autorisé à conclure que notre manuscrit fut exécuté au xii^ siècle dans cette grande abbaye, d'où plus tard il passa à Saint-Germain-des-Prés.

La Vie de saint Hugues avec l'épître du moine Gilon termine ce recueil. Elle commence au folio 197 v®, & se continue jusqu'au folio 224 v*». Le coin de ce dernier feuillet, en haut, est déchiré. Les différents paragraphes sont distingués par des lettres rouges ornées d'arabesques vertes. Celles qui commencent la préface & le premier chapitre sont de grandes dimensions ; la seconde occupe un tiers de la page. Les mots : « Explicit epi- * stola Gilonis,.,, Explicit prœfacio,... » sont en lettres rouges. Les derniers feuillets présentent quelques lacunes regrettables, qui proviennent de déchirures dans le parchemin.

Tel se présente le manuscrit que nous reproduisons. Il en existe un autre, qui porte le n'' 13090 du même fonds, & dont l'écriture parait un peu plus ancienne. Mais il est très incomplet ; plusieurs feuillets y manquent. En préparant leurs matériaux pour les Aéia Sattâorum^ les bénédi<5tins de Saint-Maur se servirent de ces deux manuscrits ; mais ils firent copier le n" 13090 en le complétant à l'aide du n° 12607. ^^ premier était alors moins gravement mutilé qu'aujourd'hui ; nous le constatons facilement par la copie même exécutée par les bénédidins(n° 11 780). Mais toute la fin manquait déjà. Nous ne pouvions suivre la même voie que nos devanciers, le mode adopté maintenant pour les éditions n'étant plus celui d'autrefois. 11 ne nous restait donc qu'à reproduire le n** 12607, ^"* est le plus complet, en donnant en notes les quelques variantes de la copie des bénédictins, qui nous offre la version du n** 13090 plus entière que ce manuscrit lui-même ne peut aujourd'hui nous la fournir (2).

Ces préliminaires étant posés, nous donnons le texte lui-même.

(1) V. Hagiographie du diocèse d'Amiens, par le chanoine Corblet. (3) Nous ferons précéder du signe f les mots qui manquent dans le manuscrit 13090.

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