‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 34 sur 322 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

HUGUES DE SEMUR EST ÉLU ABBÉ DE CLUNY (1049). CONCILES DE REIMS ET DE LATRAN.

LA nouvelle du malheur qui venait de frapper Cluny, Hugues hâta sa marche, & bientôt il arrivait au monastère en deuil. Les moines vinrent le recevoir, & le grand-prieur chercha dans son cœur les paroles les plus propres à calmer leur douleur & à sécher leurs larmes ; mais lui-même pouvait à peine contenir les siennes. Son devoir était de consoler tous ces orphelins, & il mit tout son courage à l'accomplir; mais réloge du père commun revenait malgré tout sur ses lèvres; chaque souvenir qu'il éveillait ainsi ne réussissait qu'à faire couler des larmes nouvelles. De tous les frères, Hugues était le plus profondément atteint ; car il avait perdu le plus fidèle des amis en même temps qu'un conseiller sûr & un maître consommé. Mais tous se souvenaient de la tendresse qui avait fait le charme de ce gouvernement pendant plus d'un demi-siècle; de cette charité pour les âmes souffrantes en l'autre vie, qui avait fait propager dans tous les monastères clunisiens, & par eux dans l'Église, la commémoration annuelle des fidèles trépassés; de cette parole spirituelle & pleine de foi, par laquelle saint Odilon avait résumé lui-même sa vie : « Si Dieu me condamne un jour,

« il me sera meilleur que ce soit pour excès de miséricorde, « car alors mon jugement sera miséricordieux; au lieu qu'il « serait sévère si c'était pour excès de sévérité. »

Quelques jours se passèrent, jours de deuil & de regrets, mais aussi jours de gloire & de joie spirituelle, puisque Cluny venait de donner au ciel un saint de plus. Enfin il fallut songer à donner un père au monastère, qui en avait besoin pour continuer à vivre & à remplir sa mission dans rÉglise de Dieu. Des jeûnes & des prières furent donc ordonnés à cette intention. Mais pendant ces préliminaires d'une prochaine éleftion, voici qu'une étrange tentation essaie de se glisser dans le cœur du grand-prieur. Ne seraitil pas possible d'assurer la crosse abbatiale à celui qui en réalité remplit depuis cinq ans jes devoirs de l'abbé & qui en a porté toutes les charges? La famille de Semur est riche; elle serait honorée de voir l'un des siens en cette haute dignité ; sans doute elle travaillerait à la lui assurer, ainsi que cela se fait si souvent. D'ailleurs, cela préviendrait peutêtre quelques dissensions dans le monastère, &c. Qui ne sait de quelles bonnes raisons le malin esprit a l'art de colorer ses perfides avis? Mais il s'adressait mal, & la tentation ne trouva pas accès dans le cœur de cet humble véritable, qui bientôt la fera connaître avec une humilité dont nous pourrons apprécier la grandeur.

Enfin les frères profès de Cluny se réunirent au chapitre ; & tous prosternés à terre commencèrent par réciter les sept premiers de^ psaumes graduels (1); puis le grand-prieur, debout au milieu d'eux, adressa cette majestueuse prière au divin Esprit :

« Nous voici. Seigneur, Esprit Saint, prosternés devant toi, « liés, sans doute, par la grandeur de nos péchés, mais enfin « assemblés en ton nom. Descends au milieu de nous, sois « avec nous; daigne pénétrer nos cœurs; enseigne-nous ce « que nous devons faire ; dirige nos pas ; afin que par ton « secours nous puissions te complaire en toutes choses.

(i) Udalric, Consuetud, Cluniac. De eligendo abbate.

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