‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 39 sur 322 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

dépassait souvent de beaucoup les limites de leurs cloîtres, & s'étendait « sur les domaines aussi bien que sur les serfs, \< familiers & colons de leurs monastères (i). » Lorsqu'ils étaient exempts, ce qui était le droit commun, ils se trouvaient bien réellement les ordinaires de leurs domaines monastiques, sous la dépendance immédiate du Saint- Siège, & ils avaient voix au concile présidé par le Pape au même titre que les évêques. De là cet engagement que rÉglise requiert encore aujourd'hui de Tabbé qui reçoit d'elle la bénédidion par autorité apostolique : Télu jure au préalable de « conserver, défendre, augmenter & promouvoir « les droits, honneurs & privilèges de la sainte Église « Romaine, du Pape régnant & de ses successeurs, » dans les mêmes termes que Tévêque avant sa consécration (2). Ce fut souvent à la prépondérance des abbés dans les conciles que les Souverains Pontifes durent de pouvoir tenir avec fruit ces solennelles & salutaires assemblées.

Tout étant donc réglé, un diacre invita d'abord chacun des Pères du concile à déclarer sous serment qu'il n'était pas parvenu aux dignités ecclésiastiques par quelque pafte simoniaque, & qu'il n'avait pas confié à des simoniaques les saints Ordres dont ils étaient indignes. Parmi les évêques il y en eut qui gardèrent le silence. Quant aux abbés, Hérimar de Saint-Remi parla le premier. Après lui ce fut le tour de Hugues de Cluny : « Je n'ai, dit-il, rien « donné ni rien promis pour arriver à la dignité abbatiale, « Dieu m'en est témoin. La chair l'a bien conseillé, il est « vrai, mais l'esprit ne l'a pas voulu. » Cette humble réponse acheva de le désigner à l'estime du saint Pape, en même temps qu'elle attirait à lui tous les cœurs droits qui se trouvaient dans cette assemblée. Un chanoine de Reims, homme de sainte vie nommé Constantius, & d'autres encore, demandèrent que l'abbé de Cluny prononçât devant

(i) Dom Chamard, Les ahhés au moyen âge, (Rev. des Qyest. Historiques, juUlet 1885.)

(2) Pontificale Romanum, De bened. abb. auâoritate apostol.

le concile le sermon d'usage. Léon IX y consentit de grand cœur, & Hugues s'acquitta de cette tâche avec une humilité qui lui fit trouver les accents convenables à une circonstance aussi difficile. La simonie & la clérogamie comptaient là en eflfet des partisans nombreux, dont Taudace bruyante intimidait la majorité des Pères. Mais il est dit que « la bouche « traduit les sentiments dont se nourrit le cœur; Thomme « dont le cœur est bon y trouve un trésor de bons dis- « cours (i). » Hugues parla donc avec une énergie & une onflion qui firent la lumière dans les esprits & y allumèrent le zèle de la maison de Dieu. Obéissant à l'impulsion donnée par ce nouveau Daniel, à la grande joie du saint Pontife Léon IX, le concile promulgua un nouveau canon (2) contre les mariages sacrilèges des prêtres. C'était alors une des plaies les plus graves & les plus profondes de l'Église, en même temps que la simonie, les intrusions des pasteurs imposés par des mains laïques, & le service des armes exigé des évêques ou abbés par les seigneurs & les rois. Notre- Seigneur venait en aide à son Vicaire dans cette guerre difficile & redoutable. A Reims, saint Rémi était intervenu, & avait frappé de mutisme le défenseur d'un évêque sinîoniaque. A Mayence, où saint Léon IX alla ensuite tenir un nouveau concile, l'évêque de Spire éprouva un sort analogue, pour avoir osé tenter l'épreuve de la sainte Eucharistie. Pour avoir voulu prouver son innocence, il ne prouva rien autre chose sinon qu'il venait d'ajouter un sacrilège à ses autres crimes.

Le Souverain Pontife reprit ensuite la route d'Italie. Au mois de décembre le Pape & l'Empereur étaient à Strasbourg, & Hugues était dans la suite des deux premières majestés de ce monde. Henri 111 lui témoignait toujours la même bienveillance; Hugues résolut de la mettre à profit pour régler définitivement cette question de Payerne qui l'avait

(1) Matth. xii, 34, 35.

(2) C'est Gilon qui donne ces indications précises sur le concile de Reims (fol. 204 r»), & nous voyons Labbe {Concil. t. IX, col. 1045, Ï046) les confirmer; c'est pourquoi nous n'hésitons pas à les admettre.

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