CHAPITRE IV 6l
fait connaître de l'Empereur; sa douceur en vint à bout. C'est par un diplôme encore inédit du souverain que nous pouvons savoir en quoi consistait cette affaire & comment elle se termina. Hugues, profitant des bonnes dispositions de l'Empereur, donna la plus grande portée à cet arrangement, qui régla pour tout le royaume de Bourgogne & une partie des possessions italiennes de Cluny la situation des monastères clunisiens dans le sens de la liberté entière de l'Église. « Le vénérable abbé de Cluny est venu nous trouve ver, disait l'Empereur, & nous a demandé avec une <c humble insistance de confirmer nos arrangements par « l'autorité d'un nouveau diplôme, en faisant remise à lui & « à ses successeurs des droits que nous tenons par a£les <c impériaux & royaux. Nous avons accueilli avec satis- « faflion cette demande, à cause des antiques liaisons de « charité qui ont dès longtemps lié l'abbé de Cluny & ses « prédécesseurs aux empereurs & rois qui nous ont nous- « même précédé. Us ont prié le Seigneur pour la stabilité « des couronnes royales & impériales sur la tête de ces « princes & pour le salut de leurs âmes ; or nous souhaitons « à notre tour avoir part semblable à leur charité. » D'accord donc avec « sa très chère compagne Agnès, impératrice « Auguste, » Henri III remettait libres entre les mains de l'abbé de Cluny & de ses successeurs, non seulement Notre- Dame de Payerne & Romain-Moutier, mais encore les possessions de ces deux monastères en Alsace & dans le royaume de Bourgogne, Saint-Biaise & les possessions clunisiennes de la Forêt-Noire ; en Italie « le monastère cons- « truit à Pavie en l'honneur de la Mère de Dieu & en « mémoire du bienheureux Maïeul; » & enfin dans les archevêchés de Lyon & de Vienne, comme dans toute la Provence, « tous les monastères, celles, églises & posses- <c sions que les rois de Bourgogne avaient possédés & pos- « sédaient encore par diplômes impériaux comme par décrets ^ épiscopaux(i). » C'était là un succès important & glorieux
(i) a Adiit nostram prsesentiam venerabilis abbas Cluniacensis cœnobii.
pour la cause de TÉglise; & quant à Cluny en particulier, un ade si considérable ne pouvait qu'augmenter singulièrement son prestige & celui de son abbé de vingt-six ans.
De Strasbourg, Hugues suivit le Pape en Italie, & vint siéger au concile romain que saint Léon IX réunit au Latran, à Pâques de 1050. Nous voyons là cinquante-trois évêques, au nombre desquels les archevêques de Lyon, de Besançon, de Vienne, les évêques de Béziers, de Coutances, de Rennes, de Nevers, de Poitiers, de Saintes, & grand nombre d'abbés, parmi lesquels Hugues de Cluny; celui-ci fut un des membres les plus a£lifs de cette assemblée. Le Pape défendit à tout clerc ou laïque d'avoir aucune relation avec les clercs fornicateurs, qui devaient être traités en excommuniés; mesure à l'exécution de laquelle contribuèrent puissamment les moines.
Mais de toutes les causes jugées dans ce concile la plus importante fut celle de l'hérésiarque Bérenger. Ecolâtre de Tours, puis archidiacre d'Angers, cet homme avait répandu à grand
orans humiliter & obsecrans ut au<floritate prajcepti nostri ^orroboraremus concedendo sibi suisque successoribus imperatoria & regalia prascepta. Cujus petitionem gratanter accipientes propter antiquam familiaritatem & caritatem quam ipse suique antecessores cum nostris praecessoribus regibus & imperatoribus orando ad Dominum pro stabilitate regnorum & imperii habuerunt, & pro salute animarum eorum, ut deinceps nobis eamdem caritatem exhibeant, interveniente diledissima conteélali nostra Agnete, impératrice Augusta, concedimus... monasteria, cellas, ecclesias omnesque possessiones quas ipse diledus frater noster (Rodulfus rex) suique antecessores possederant & possident per imperialia & regalia pracepta & décréta episcopalia...
« Aélum Argentinae, 11 nonas decemb. anno Domini Incarnationis MXLviii. » (Cartuï. Cde Cluny, Bibl. Nation, n" 2262, fonds lat. nouv. acq. fol. 67.)
S. Biaise est compté ici au nombre des possessions clunisiennes ; il ne parait pas cependant que ce monastère ait longtemps dépendu de Cluny; car dans un avenir assez " rapproché nous verrons S. Biaise & Cluny conclure ensemble l'alliance qu'on appelait société, & qui ne se pouvait naturellement contra<fler qu'entre monastères indépendants l'un de l'autre. Nous avons le texte de la charte qui établit cette union fraternelle ; Gerbert nous l'a conservé.