‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 41 sur 322 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

bruit en France les fausses doftrines qu'il professait au sujet de la sainte Eucharistie. Pour lui, les paroles de la consécration n'opéraient aucunement la transsubstantiation du pain & du vin au Corps & au Sang de Notre-Seigneur Jésus- Christ, mais seulement Tadjondion au pain & au vin du Corps du Seigneur, lequel, selon Thérétique, aurait été seulement un corps immatériel, s'adjoignant en cette seule qualité au pain & au vin déposés sur Tautel. Tout cela était un amas de blasphèmes, qui dépassaient même à certains égards Thérésie que Luther formulera plus tard; mais ces erreurs n'étaient pas nouvelles. Au IX® siècle Jean Scot les avait professées sans succès; dans ses théories odieuses entrait une bonne part des hérésies gnostiques, contre lesquelles saint Jean écrivait déjà dans son Épître : «Qui- « conque confesse que Jésus-Christ est venu dans la chair « est de Dieu; mais quiconque refuse de confesser Jésus tout ^< entier n'est pas de Dieu(i). » Jean Scot avait été réfuté par (deux fils de saint Benoît, saint Paschase Radbert & Ratramne, tous deux enfants de l'abbaye de Corbie. Bérenger trouva devant lui Lanfranc, devenu quelque temps après abbé du Bec. Compromis par les lettres de l'hérétique, le célèbre docteur venait en 1050 à Rome, où Bérenger n'osait pas paraître; la simple leflure des pièces devant le concile suffit à le faire amnistier de toute connivence avec l'hérésie, tandis que les Pères condamnèrent solennellement Bérenger & ses erreurs. Nous nous réjouissons de voir figurer ici Hugues de Cluny, qui semblait prédestiné à ces combats dès l'heure où le Seigneur voulut annoncer sa naissance par un prodige accompli pendant les saints Mystères.

Durant le temps que se tint le concile romain de 1050, Hugues se lia d'une amitié solide, & qui devait être féconde, avec l'abbé du Mont-Cassin, nommé Frédéric, lequel était alors chancelier du Pape saint Léon IX. Bientôt Frédéric

(i) 1 Joan. IV, 2, 3 : « Omnis spiritus qui confitetur Jesum Christum in came venisse, ex Deo est ; & omnis spiritus qui sol vit Jesum, ex Deo non est. »

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