‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 43 sur 322 · FONDATION DE LA CHARITÉ-SUR-LOIRE · texte numérisé non relu

FONDATION DE LA CHARITÉ-SUR-LOIRE

UGUES avait à peine retrouvé son cloître & ses enfants qu*il recevait un message de l'Empereur. Henri III d'Allemagne avait gardé le souvenir du négociateur que Cluny avait député vers lui deux, ans auparavant, & qu'il avait revu en décembre ^ 1 049, à Strasbourg. Le monarque, habitué à se voir entouré des hauts dignitaires ecclésiastiques de ses états, souhaitait vivement s'attacher cette gloire. naissante, dont sa droiture de cœur lui faisait deviner tout le prix. Or Cluny avait déjà des possessions assez nombreuses qui relevaient de l'Empereur, tant en sa qualité de roi de Germanie qu'en sa qualité d'héritier des rois de Bourgogne; mais cependant l'abbaye elle-même ne dépendait pas de l'Empire. Henri III laissait voir tous ces sentiments divers dans sa lettre à l'abbé Hugues. Ce n'était pas un ordre de se rendre à la cour d'Allemagne, mais un vif désir, ce qui était bien à peu près équivalent. Néanmoins l'abbé de Cluny refusa. Sans doute il avait beaucoup de choses à régler après de si longues absences ; & il jouissait de la vie du cloître,

dans laquelle seule il respirait pleinement. Et puis tenait-il bien à suivre l'exemple de prélats qui passaient une trop grande partie de leur temps à faire leur cour à TEmpereur? Il pria donc Henri III d'agréer ses excuses, en considération des occupations urgentes qui le retenaient à Cluny, & aussi de la longueur d'un tel voyage. En même temps il exprimait sa grande satisfaction de savoir le souverain guéri d'une maladie qu'il venait de faire, & le félicitait à l'occasion de la naissance d'un jeune prince attendu vainement depuis huit ans (il novembre 1050). Mais l'abbé de Cluny ne devait pas se libérer si aisément. Dans les premiers jours de Tannée 1051 lui arrivait un nouveau message de l'Empereur, qui s'exprimait ainsi :

« La vue de tes lettres nous a causé une grande joie, & « nous les avons reçues avec d'autant plus de plaisir que « nous connaissons ton zèle & ton avancement en la con- « templation des choses de Dieu. Puisque tu nous téraoi- « gnes de la joie de notre retour à la santé, comme aussi de « la naissance du fils que le Ciel nous a accordé, reçois Tex- « pression de nos remerciements, que nous t'adressons du « fond du cœur. Nous y joignons l'expression d'un désir : « nous te demandons humblement de vouloir bien adresser « sans cesse tes prières au Dieu de clémence pour le bien « de nos peuples, la gloire de notre règne, notre salut & « celui de tous les nôtres. Puisse Dieu nous favoriser « ainsi pour la paix & la sécurité des peuples & des Égli- « ses. Ne faudrait-il pas être bien peu sage pour ne pas « désirer tes prières & celles de tes religieux? Qui n'ambi- « donnerait de s'attacher indissolublement par le lien de la « charité ceux dont la prière est d'autant plus pure qu'ils « sont plus éloignés du tourbillon du siècle, d'autant plus « digne que leur coeur est plus près du ciel? Tu nous as ré- « pondu que la longueur du voyage t'empêchait de venir vers « nous comme nous t'y invitions ; nous t'aurions pourtant été « reconnaissant de te rendre à notre désir. Mais nous te « pardonnons, à la condition que tu viendras, si ce n'est pas <( impossible, nous trouver à Cologne pour la Pâque pro-

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