‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 45 sur 322 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

queurs ; mais la tyrannie de Taventurier qu'ils avaient mis à leur tête les souleva de nouveau contre lui. Pierre, croyant l'occasion favorable, voulut rentrer; mais il eut la malheureuse idée de se faire donner auparavant par l'Empereur l'investiture de ce royaume qu'il ne devait tenir qu'à titre héréditaire. C'était se fermer toutes les avenues du trône. Une assemblée générale des Hongrois réunis à Czanad le déclara déchu de la royauté, & proclama roi André, fils de Stanislas-le-Chauve, de l'ancienne dynastie païenne. Cet événement, dans des circonstances pareilles, fut le signal d'une réaftion sanglante contre les chrétiens & les étrangers, que les Hongrois païens regardaient comme les alliés naturels du saint Empire, ennemi (Je leur indépendance (i). Deux évêques & beaucoup d'autres viftimes tombèrent sous le fer des assassins, entre autres l'évêque même de Czanad, saint Gérard, que l'abbé de Cluny venait de voir à Mayence en 1049(2). Comment se fit-il, cependant, que peu après un avènement marqué ainsi du sang chrétien, André reçut ronftion du sacre? Nous ne savons rien des détails de cette question si compliquée. Nous entrevoyons seulement un rôle joué p* les évêques dans cette crise religieuse & nationale, ainsi qu'une aftion du Saint-Siège, par la présence auprès de Léon IX de l'évêque de Czanad à Mayence, & de l'archevêque de Colocza peu de mois après à Besançon (3). Ce qui est certain, c'est que le roi André avait abjuré le paganisme, puisqu'il fut sacré. De fait, il parvint à maîtriser assez promptement la réadion contre le Christianisme & il défendit sous peine de mort l'exercice du culte païen. C'était d'ailleurs de bonne politique; car par ces mesures, il enlevait à l'Empereur une de ses armes les plus puissantes. Il n'y avait plus d'intérêt pour la religion chrétienne en Hongrie à ce que l'Empire étendît ses conquêtes sur ce pays, puisque le nouveau roi chrétien savait protéger la vérité & proscrire

(1) Léger, //»/. de V Autriche-Hongrie , p. 72.

(2) Aêia SS, O. 5. B, sac. VI, p. i, p. 631.

(3) Richard, Histoire des diocèses de Besançon Sr de S. Claude, 1. 1, p. 247.

Terreur. Et cependant Henri III avait recommencé la guerre, que le roi André soutenait avec avantage. Saint Léon IX intervint, sans réussir à ramener l'Empereur à une appréciation vraie de sa mission en cette circonstance. Ce fut alors qu'il fit appel à Hugues de Cluny.

Il ne fallait rien moins qu'un ordre venu de si haut & des intérêts si graves pour jeter le jeune abbé dans une négociation aussi épineuse. 11 repassa en Allemagne. Les Hongrois savaient par leurs évêques toute l'influence que ce nouveau négociateur exerçait sur l'esprit de Henri III, & cette fois encore cette influence fut viftorieuse. « Celui qui gouverne le « cœur des rois & dirige à son gré le cours de leurs pen- « sées(i), » mit sur les lèvres ^e son serviteur « des paroles « irrésistibles (2), » & Henri consentit enfin aune paix honorable pour la Hongrie. Moyennant un cens annuel ce grand pays resta libre, & le roi André épousa une fille de l'Empereur. De grands présents prouvèrent la reconnaissance du prince hongrois envers le négociateur qui sauvait l'indépendance de son pays. Mais ces témoignages de la faveur royale ne firent qu'ajouter l'aiguillon de la convoitise aux rancunes de certains tenants du paganisme. Tandis que l'abbé de Cluny reprenait le chemin des états de l'Empereur pour regagner la Bourgogne, il se vit avec sa suite entouré à l'improviste par les cavaliers d'un magnat. Ce brigand de haut parage emmena toute la caravane prisonnière en une de ses forteresses, après avoir au préalable fait main basse sur les bagages. Enfermé maintenant entre ces hautes murailles, l'abbé de Cluny était à la discrétion du seigneur qui faisait de son château une prison. Au milieu des vastes plaines de ce pays, dont la population trop disséminée ne pouvait rien pour lui, Hugues n'avait pas la ressource de faire prévenir l'Empereur ni de faire connaître le lieu de sa réclusion. Mais d'ailleurs ce n'était point en l'homme qu'il mettait son espoir. La Sagesse divine, dont son âme était la

(1) Prov. XXI, I.

(2) Luc. XXI, 15.

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