‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 48 sur 322 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

eu jadis au diocèse de Nevers, près du château de La Marche, un sanftuaire dédié à la Mère de Dieu; mais en 1054 il n'en restait que des ruines ; la végétation avait envahi ces débris qui gisaient dans la solitude. Le territoire sur lequel ils étaient situés avait pour seigneur un homme de foi, nommé Bernard de Chaillent. Cette terre relevait depuis longtemps de l'Église d'Auxerre, qui avait des droits sur certaines enclaves dans le diocèse de Nevers(i). Mais la main séculière s'était étendue sur ce territoire d'église comme sur bien d'autres; le vicomte de Nevers l'avait donné en fief à Bernard de Chaillent. D'ailleurs l'évêque d'Auxerre, Geoffroy de Champallemand, était de la famille de Nevers ; il avait double titre par conséquent pour s'intéresser à ce qui se passait sur ce domaine. Son historien marque en effet comme un événement notable de son épiscopat la fondation du monastère que fit bâtir Bernard de Chaillent (2). Ce pieux seigneur songeait à élevée un sanâuaire où retentirait la louange divine « à l'honneur « du Très-Haut & pour le salut de son âme (3); » il jeta les yeux sur l'antique église de Notre-Dame, dont l'autel restait debout au milieu des ruines. Pour cette fondation il s'adressa d'abord à un saint homme nommé Bernard comme lui, prévôt d'une collégiale dans le faubourg de Nevers. Celui-ci accepta d'abord, puis s'eflfraya de la difficulté d'une pareille restauration, où il y avait tout à refaire; alors il se tourna vers cette famille de Cluny, à laquelle Dieu semblait avoir dévolu d'une manière particulière la mission de relever les ruines & de « rentrer dans l'héritage dispersé (4) » des aïeux. En cette abbaye le bon chanoine avait un ami d'enfance nommé Gérard, religieux d'une sainteté bien connue. Bernard alla le trouver, sachant, comme il le dit, « que les

(1) LebœuC Mémoires concernant V histoire d'Auxerre, édit. de 1848, t. I, passim. — Le pagus Autissidorensis s'étendait jusque là; en 1077 saint Grégoire VII parle de La Charité comme étant sise en ce pagus, (BuU. Clun. p. 19.)

(2) Ihid. p. 266.

(3) Recueil des bist, des Gaules, loc. cit.

(4) Isai. xLiXi 8.

Page 1