‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 49 sur 322 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

« moines s'entendaient mieux que personne à ces restaura- « tions; » il lui proposa d'entreprendre cette nouvelle œuvre, & Gérard y consentit avec joie en bénissant Dieu.

Ici l'histoire laisse trop dans l'ombre le rôle de l'abbé de Cluny; seul son neveu Rainald, abbé de Vézelay, a fait remarquer que l'honneur de cette fondation lui revenait & que Gérard n'en avait été que l'instrument. Il est en effet de toute évidence que si ce religieux se chargea de relever les ruines de la chapelle de Notre-Dame, & d'y établir un monastère dans les conditions que souhaitait Bernard de Chaillent, ce ne put être que du consentement de son abbé. Cela devient plus certain encore, s'il est possible, lorsque nous voyons Gérard venir trouver le pieux seigneur, à la tête d'une colonie assez nombreuse pour entreprendre de construire de main de moines les bâtiments & l'église du futur monastère (i). 11 est bien clair que cet essaim ne pouvait être envoyé que par l'abbé de Cluny lui-même. C'est donc à lui qu'il faut en réalité attribuer une fondation qui devait être glorieuse. Si le courage & la charité du prieur Gérard en assurèrent la prospérité en dépit de longues épreuves, « c'est <ç à celui qui a fourni le bon grain que revient l'honneur des « beaux fruits qui en sont sortis (2). » 11 nous est doux enfin de remarquer comment ce premier rejeton de Cluny sous le gouvernement de l'abbé Hugues, rejeton qui devait croître par dessus tous les autres, fut consacré à Notre-Dame. Par leurs aumônes les fils de saint Hugues méritèrent à ce monastère le surnom de « La Charité des Saints, » décerné par les populations environnantes. L'église qu'ils y élevèrent en l'honneur de la Mère de Dieu fut une des plus belles que possédassent les Clunisiens. De plus, par ce monastère, Cluny étendit ses rameaux jusqu'à la mer & par delà, en envoyant des colonies en Portugal, à Venise, en Angleterre, à Constantinople & en Terre-Sainte.

(i) « Miles... monachum Girardum honorifice suscepit,... & quos secum adduxerat viros religiosissimos... » &c, D. Bouquet, loc. cit. p. 42.

(2) Théodoret, Histor. Religios, cap. m : « Qiii pulcherrimum semen praebuit, is bonorum quae ex eo nascuntur jure auftor vocandus est. »

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