‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 50 sur 322 · LE PAPE ETIENNE X · texte numérisé non relu

LE PAPE ETIENNE X

ENDANT les événements que nous venons de retracer, le Pape saint Léon IX était mort, le 19 avril 1054. Ce fut seulement un an après, le 13 avril 1055, que son successeur fut intronisé à Rome ( i ) ; c'était Gebehard, évêque d'Eichstadt & chancelier de TEmpire, qui prit le nom de Viftor II. Hugues se hâta de demander au nouveau Pontife la confirmation des biens, droits & privilèges que son monastère avait acquis sous les précédents pontificats; & le Pape accéda volontiers à cette demande. Sans doute il avait connu Tabbé de Cluny durant les voyages de celui-ci en Allemagne & à l'occasion de sa mission diplomatique en Hongrie. Par suite il savait quelle confiance méritait cet abbé si jeune encore. La bulle pontificale donnée à cette occasion portait une signature particulièrement connue de Hugues, celle de Hildebrand, sous-diacre de l'Église Romaine. Peut-être pourraiton, d'après le détail minutieux des possessions clunisiennes

(1) Jaffé. Reg. RR. PP. — Labbe. ConciL t. IX, col. 1081.

yS VIE DE SAINT HUGUES

contenu dans cet afte pontifical (i), dire que Vîôor II chargea Hildebrand de rédiger la bulle à Cluny même, au cours de la légation qu'il lui confiait à ce moment pour la France. Le nouveau Pontife, en effet, ne songeait qu'à continuer vigoureusement Tœuvre de régénération si glorieusement entreprise par saint Léon IX. Et tandis que lui-même allait la poursuivre par des conciles tenus en Italie, il chargeait de cette mission pour l'autre côté des Alpes celui dont l'Église romaine appréciait déjà la résolution & le mérite supérieur. Hildebrand passa donc les monts & vint tenir un concile à Embrun (2) cette année 1055. Hugues de Cluny s'y rendit, & y revit cet ami dans Tintimité duquel il allait passer plusieurs mois.

Le concile fut très nombreux & aussi très important. Il était présidé par un saint, un homme de la droite de Dieu, & il exerça une influence profonde sur le clergé de France, que la simonie & bien des désordres souillaient encore. Le légat procéda avec vigueur; six évêques reconnus coupables de différents crimes furent déposés. Vint le tour de l'archevêque d'Embrun lui-même. Il était accusé d'avoir acheté son siège par des manœuvres simoniaques. Mais c'était un homme de ressources; il sut corrompre à prix d'argent ses accusateurs eux-mêmes, & les mettre ainsi de son côté. Puis lorsque le concile rentra en séance, il somma de paraître quiconque avait des griefs à formuler contre lui. Nul ne se leva, naturellement. Le moment était solennel; plus le coupable était haut placé, plus l'exemple de son impunité aurait de suites désastreuses. Un peu d'or, & les foudres de Rome n'étaient plus à redouter, & les désordres devenaient incurables. Mais là encore se manifesta l'importance qu'il y a pour l'Église à compter de grands saints parmi ses enfants & ses ministres. Hildebrand, inspiré d'en haut à cette heure critique, s'adresse à l'archevêque & lui demande :

(i) La bulle de Viftor H est datée du 11 juin 1055. (BuJL Clun. p. 13.) (2) L'abbé Darras prouve d'une manière assez claire que le concile se tint à Embrun, & que l'archevêque dont nous allons parler était celui de cette ville même. (Hist. de YEgUse, t. XXI, pp. 259, 260.)

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