‹ Vie de Saint Hugues, abbé de Cluny, 1024-1109Chapitre 61 sur 322 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

même, qui était alors devenu la proie des trois frères Pierre, Rostang & Ponce. Pour parer à tant de maux, le légat Hugues de Cluny & les pères du concile d'Avignon jetèrent les yeux sur le prieur d'Oulx, nommé Gérard Chabrier, moine de rOrdre de Cluny. Gérard fut envoyé auprès du Pape Nicolas II, qui le sacra évêque; puis il revint dans son nouveau diocèse, où il réussit à recouvrer une partie des biens & des libertés enlevés à son Église. Mais il y rencontrait aussi des difficultés d'un autre genre, nées du désordre que dix-sept ans de ruines matérielles & morales avaient fatalement produit dans Tétat du clergé. Les lettres pontificales qui Taccréditaîent auprès de son peuple signalaient entre autres les dangers du manichéisme, qui menaçait de se répandre jusque dans les rangs des clercs, grâce aux demeurants de rinvasion sarrazine, passés au christianisme dans les plus étranges conditions.

D'Avignon, Hugues se rendit à Vienne avec le légat Etienne, & tous deux y présidèrent, le 31 janvier 1060, un concile où l'avis de l'abbé de Cluny réussit, nous dit Mabillon(i), à grouper autour de lui tous les pères sur certaines questions délicates. Des dix canons qui furent promulgués dans ce concile, trois seulement nous sont restés. Le premier est une énergique mesure, qui proclame le droit du clergé d'empêcher l'intronisation d'un évêque, lorsque cet élu est convaincu d'avoir acheté son élection par un marché simoniaque(2). En même temps les deux légats publiaient la lettre adressée par le Souverain Pontife à tous les archevêques, évêques, prêtres, clercs, & fidèles de France, d'Aquitaine & de Gascogne (3). Le Pape y faisait connaître les mesures prises dans le concile romain de 1059 contre tous les clercs qui auraient prétendu se marier ou rester engagés dans ces unions sacrilèges & illégitimes, depuis les condamnations portées contre eux par saint Léon IX. Défense leur

(i) Mabillon. Annal, Bened. t. VI, p. 679.

(2) Hist, de Y Eglise de Vienne, par l'abbé Charvet, archid. de cette Eglise (1761), p. 295.

(3) Hist, des Gaules, D. Bouquet, t. XL p. 652.

était faite, en vertu de l'autorité souveraine du successeur de saint Pierre, de prendre part à aucune fonâion sacrée en leur qualité de clercs; tous étaient chassés du SanSuaire par sentence apostolique.

Quant aux clercs restés fidèles à l'Église, le Pape souhaitait qu'ils revinssent à l'antique forme de la vie commune & régulière, vivant sous le même toit & mangeant à la même table. C'était assurément là une forme de vie très propre à préserver les clercs des entraînements coupables, auxquels ils eussent résisté plus difficilement en restant isolés. Un des canons du concile de Vienne avait visé au même but, en défendant aux évéques d'aliéner les biens de leurs Églises à titre de bénéfices; & le Saint Père s'en était expliqué plus nettement encore dans les lettres Apostoliques par lesquelles il venait d'accréditer Gérard Chabrier comme évêque de Sisteron. 11 y avait nettement & explicitement indiqué comme It forme de l'administration épiscopale celle que saint Grégoire

^ le Grand avait jadis rappelée à saint Augustin de Cantor-

béry{i). Tous les revenus de l'Église devaient être concentrés dans la main de l'évêque, lequel en devait faire quatre parts ; une pour l'entretien du clergé selon l'office de chacun de ses membres, une autre pour les pauvres & les pèlerins, la troisième pour les édifices, la quatrième pour les besoins de l'évêque lui-même. 11 ne saurait donc y avoir de doute sur les intentions & les vues de Nicolas 11, ce Pontife qui serait plus admiré si l'éclat de son nom ne pâlissait entre ceuxde saint LéonlX&de saint Grégoire Vil. II avait su discerner le mouvement qui commençait à se manifester dans l'Église, poussant les clercs à modeler leur situation vis à vis de l'évêque sur celle des seigneurs vassaux par rapport au suzerain. «Comme le chevalier recevait dans le partage « de la terre féodale la juste rémunération du service mili- <,< taire, ainsi le clerc commençait à trouver dans le partage « de la terre ecclésiastique la rémunération de la milice spiri- « tuelle(2). » C'était le régime bénéficiaire qui cherchait à

(i ) S. Greg. M. Fpisl. Irb. XI, ep. 64.

(3) D. Gréa, De l'Izglàv tir de sadiviiie constitution, ï.ïl],ch. IX, pp. 401, 402.

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