CHAPITRE VII
s'introduire, au détriment de la discipline antique, « qui « contenait tous les clercs dans la vie commune, & remettait <c à révêque toute la paternelle sollicitude de la famille ecclé- « siastique, dans une dépendance filiale de tous ses mem- « bres. » Nous n'avons garde de condamner ce régime, puisque TÉglise a fini par s'en accommoder. Mais il est certain que c'était là une révolution qui commençait, dans la seconde mcMtié du Xl* siècle ; que cette révolution créait de nombreux dangers pour le clergé, surtout à cette époque où la simonie régnait de tous côtés ; il est certain enfin que les Papes ont cherché alors les moyens de contenir ce nouveau courant d'idées, de régler au moins cette discipline issue plutôt des mœurs & des usages laïques que de l'initiative ecclésiastique (i). Les aftes de Nicolas H forment une page de cette histoire du droit canonique. Moine lui-même, il avait compris que nul ne serait plus apte que les moines à seconder ses intentions & à ramener l'antique forme de la vie cléricale. Les monastères ne conservaient-ils pas cette forme dans toute sa largeur & sa plénitude? La règle bénédictine avait-elle une prescription plus rigoureuse & plus absolue que celle-là? Nicolas II avait choisi deux moines clunisiens pour leur confier cette mission de salut, & parmi eux l'abbé de Cluny lui-même. L'aftion exercée par celui-ci dans le sens prescrit par le Souverain Pontife laissa une trace profonde, surtout dans la province de Toulouse, où, en quittant Vienne & Avignon, il vint tenir un concile en 1060(2). Ce concile pourtant s'annonçait comme devant rencontrer bien des obstacles, surtout de la part du comte de Toulouse, grand usurpateur des biens de l'Église & contempteur de ses libertés. De plus, les réformes de ce genre se heurtent tou-
(i) Ibid, p. 402.
(2) Au moment où nous imprimions ces lignes paraissait dans la Revue d£$ Questions historiques, i oél. 1886, un savant article de M. TabbéDelarc; l'auteur signale comme nous à l'attention des historiens les décrets de Nicolas II concernant la vie canoniale. Mais il consacre à peine quelques mots à l'aélion de Tabbé de Cluny en cette matière (page 397). Nous tenons a compléter sur ce point son intéressante étude.
lOO VIE DE SAINT HUGUES
jours à des difficultés qui exigent beaucoup de prudence & souvent beaucoup de temps. Mais Dieu aplanissait partout les voies devant son serviteur. En 1060, Durand, abbé clunisien de Moissac, venait de monter sur le siège archiépiscopal; sa prudence dans le gouvernement de son abbaye, où étaient réunis quatre-vingts moines, avait gagné l'estime du comte de Toulouse. En outre, la Providence amena Hugues de Cluny au moment où ce seigneur voyait approcher la mort. Près d'affronter le jugement de Dieu, le fier baron, qui, du moins, n'avait pas laissé la foi s'éteindre dans son cœur, courba le front devant le Maître suprême; & le mourant abdiqua entre les mains du légat tous les prétendus droits qu'il avait usurpés. Cette délivrance, jointe aux mesures prises par le concile, ouvrit le champ à une rénovation qui fut féconde. Les moines, dont l'état est basé sur une désappropriation complète, prirent une vigueur nouvelle dans ces K provinces, en proportion de la perfeftion avec laquelle toute
propriété particulière fut écartée des monastères. Moissac en bénéficia le premier, d'abord sous le gouvernement de Durand, qui avec son archevêché avait retenu la conduite de son abbaye, sans doute pour la mettre plus sûrement à l'abri des vexations du comte de Toulouse. Hunald lui succéda comme abbé; & tout autour de Moissac ce fut une renaissance monastique, qui atteignit bientôt les contrées pyrénéennes en attendant de les dépasser. La rénovation du clergé séculier en fut facilitée d'autant, & la discipline canoniale, si semblable à celle des moines, refleurit peu à peu, parfois même avec éclat. Cette connexité n'a pas été assez remarquée par les historiens. C'est là pourtant que se trouve la raison des succès obtenus par la légation de l'abbé de Cluny. Ces résultats sont consignés dans des chartes que nous avons encore aujourd'hui, & qui parlent bien haut. Par exemple, vers l'an 1075, c'est l'archevêque Isarn de Toulouse, qui poursuit au sein de son clergé l'œuvre entreprise par labbé Hugues, & continuée par Durand. Dans un diplôme fort étendu, il explique les mesures qu'il prend pour rétablir parmi les chanoines de Saint-Étienne « la rigueur de la vie