CHAPITRE VII lOI
« canonique; » & il rend sur ce point hommage à l'abbé de Cluny, qu'il nomme « le propagateur de la discipline mo- « nastique. » Nous citerons quelque chose de ses paroles, pour mettre en lumière le rôle de notre saint dans cette réforme des chapitres. Isarn s'exprime dans les termes suivants : « Qu'aucun des chanoines n'ait rien en propre, pas « même en paroles. Qiie tous mangent ensemble, dorment « dans une même maison, & que selon l'institution aposto- <ç lique le vêtement soit commun comme le vivre & le cou- « vert. Que nul n'aille & ne vienne sans l'agrément du pré- « vôt. » Pour que les ressources suffisantes soient assurées à cette collégiale, Isarn prend des mesures destinées à centraliser les revenus des différents archidiaconés. Lui-même se dépouille des biens attribués à l'évêque, & les remet aux mains de la communauté de Saint-Étienne. Il est facile de saisir dans tout cela l'influence de la règle bénédiftine, dont Isarn reproduit parfois les termes eux-mêmes. D'ailleurs pour qu'on ne puisse pas s'y tromper^ l'archevêque dit expressément qu'il agit « avec le conseil de l'abbé de Cluny, » que c'est « en sa présence & avec son approbation qu'il accom- « plit cet afte; » enfin, d'accord avec le comte Guillaume, « il recommande cette cession & cette réforme à l'abbé « Hugues & à ses successeurs, dont il réclame la proteftion « & qu'il charge de défendre cet établissement auprès du « Siège Apostolique, si quelqu'un osait jamais vouloir le « détruire. Hugues & ses successeurs plaideront cette cause « dont ils sont constitués les avocats & les défenseurs prin- « cipaux. » L'aâe ainsi rédigé « est confirmé entre les mains « du seigneur Hugues de Cluny & de l'abbé Hunald de « Moissac(i). » Dans une autre circonstance, un évêque de Cahors, agissant de même, ne parlera pas autrement. Cette aftion de l'abbé de Cluny dans la réforme des chapitres s'expliquerait mal, si on ne savait quel en fut le point de départ, c'est à dire les instructions du Pape Nicolas II, & la mission que Hugues reçut pour les faire exécuter en qualité de
(i) GaU. Christ, t. XIII, Tolosan. instrum. viii, p. 7.
légat. En 1060 il en posa les bases, & il ne cessa durant de longues années d'y travailler, par lui-même & par ses fils.
Lorsqu'il revint à Cluny, après une absence de deux ans, il y trouva d'autres soins qui, sous des aspefts diflFérents, tendaient au même but que la légation en Aquitaine. Il s'agissait toujours de fortifier les milices sur lesquelles l'Église avait le droit de compter dans sa lutte contre le siècle & ses vices. Mais pour. Cluny l'œuvre se présentait environnée de difficultés auxquelles bien des Ordres ne se sont pas heurtés. Dans leur propagation souvent admirable & presque merveilleuse, tels Ordres par exemple ont fait « fleurir des « solitudes ( I )» encore libres de toute culture & partant exemptes de ruines. Cluny reçut mission d'accomplir une tâche autrement ardue; & nous aurons plus d'une occasion de constater la nature délicate des obstacles qu'il eut à surmonter, pour faire renaître'la germination des vertus dans les plaines desséchées où ses eaux pénétraient. Le récit tout simple suffira largement à justifier le saint abbé Hugues du reproche d'ambition, que ne lui ont épargné ni les esprits excessifs ou déréglés qu'il avait à combattre, ni certains historiens trop peu attentifs à tenir compte des misères du cœur humain. Des témoins désintéressés sont là, d'ailleurs, pour nous dire que les sentiments ambitieux n'étaient pour rien dans la fermeté qu'il déployait parfois pour arriver aux fins que Dieu voulait manifestement atteindre. C'est Hildebert, par exemple; c'est Geoffroy de Vendôme, qui eût pu facilement regarder d'un œil d'envie l'extension de l'influence clunisienne, étant abbé d'un monastère illustre où l'idée de rivaliser avec Cluny eût aisément germé. Mais au contraire, Geoffroy n'a que des expressions d'une vénération affectueuse pour le saint abbé Hugues dans la lettre qu'il écrit à son successeur (2). Enfin, nous verrons souvent quelles hésitations Hugues lui-même manifestera en présence d'une œuvre nouvelle à entreprendre. Ce trait est fortement accusé
(i)[sai. XXXV, I.
(3) Bibl Cluniac. col. 561.